Retraites: négociations syndicats/ patronat sur les régimes complémentaires

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La réforme tout juste promulguée, le sujet des retraites revient sur la table jeudi avec l'ouverture de négociations attendues entre les syndicats et le patronat sur le cap à fixer ces prochaines années pour les régimes de retraite complémentaire.

Les retraites complémentaires versées par les régimes obligatoires Agirc et Arrco aux salariés du privé ont un poids considérable: elles représentent en moyenne près d'un tiers de la pension des non-cadres et plus de la moitié de celle des cadres.

Adaptation aux nouveaux âges de départ à la retraite, taux de cotisation, niveau des pensions, droits familiaux : de nombreux sujets seront sur la table de négociation des partenaires sociaux, à partir de jeudi au siège du Medef, pour faire face aux difficultés financières de ces régimes.

Mais syndicats et patronat, qui gèrent ensemble l'Agirc-Arrco, vont avant tout devoir régler le problème de l'AGFF, un dispositif qui finance la retraite complémentaire avant 65 ans. L'âge minimal pour une retraite complète est en effet resté formellement fixé à 65 ans à l'Agirc-Arrco.

L'accord qui régit ce dispositif arrive à échéance le 31 décembre, et s'il n'était pas reconduit, les pensions des futurs retraités pourraient se voir amputer de jusqu'à 22%. "La première urgence, ce sera de renouveler l'AGFF, pour éviter qu'à la fois les entreprises et les salariés concernés par un départ au 1er janvier ne soient dans l'incertitude", explique le négociateur de FO, Bernard Devy.

Les syndicats vont demander une prolongation de quelques mois, pour que les négociations puissent se dérouler plus sereinement. La décision pourrait être prise dès jeudi, d'autant que le Medef n'y serait pas opposé sur le principe.

Syndicats et patronat vont ensuite devoir s'atteler à une multitude de sujets, qui seront déclinés lors de plusieurs réunions.

Premier chantier: ils devront prendre en compte dans les règles des retraites complémentaires la réforme des retraites, qui a reculé l'âge minimal de départ de 60 à 62 ans.

Ce recul va permettre à l'Agirc-Arrco d'améliorer ses perspectives financières: selon des estimations à confirmer, ils dégageraient ainsi de légers excédents à l'horizon 2020, alors que sans réforme leur déficit cumulé aurait atteint 5 milliards. Mais cela ne règle pas le problème du court terme.

Les régimes disposent bien de plus de 80 milliards d'euros de réserves, mais elles pourraient rapidement s'épuiser faute de nouvelles ressources.

"Si nous avons à assurer l'équilibre financier du régime, nous allons faire en sorte que les salariés soient le moins perdants possible", a dit Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT, dans un interview lundi dans la Tribune.

M. Devy, vice-président de l'Arrco, ne "pense pas qu'on puisse échapper à une réflexion sur une hausse des cotisations". Mais le Medef, qui n'a pas souhaité s'exprimer à ce stade, pourrait ne pas être du même avis.

Les syndicats se veulent inflexibles sur la question du rendement des régimes Agirc-Arrco, qui désigne ce que rapporte en termes de pension les cotisations versées. Il est actuellement à moins de 7 euros par an pour 100 euros cotisés, contre plus de 10 euros à la fin des années 1990.

"Le rendement a déjà trop baissé, ça ne peut plus continuer", estime Danièle Karniewicz (CFE-CGC).

Pour trouver des marges de manoeuvre, la question d'une révision des majorations de pension pour enfants et des pensions de réversion au sein de l'Agirc-Arrco, sera aussi abordée. "Mais c'est un sujet très sensible", prévient Mme Karniewicz.