Le Québec s'ouvre de plus en plus aux professionnels français

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Le Premier ministre du Québec Jean Charest est attendu jeudi en France pour une visite axée sur l'ouverture mutuelle des marchés de l'emploi, prévue par une Entente sur la mobilité professionnelle signée en 2008.

A la veille de sa visite, dix corps de métier ont signé mardi à Paris des accords de reconnaissance mutuelle (ARM) de qualifications professionnelles.

C'est une "réussite historique", s'est réjoui M. Charest depuis Québec. "C'est la première fois que l'on tentait de relever pareil défi dans un cadre intercontinental, la première fois que l'on imaginait un projet aussi ambitieux entre gouvernements appartenant à des espaces économiques et politiques différents", a-t-il souligné, selon un communiqué.

La coopération en la matière devait être évoquée lors du symposium sur les pôles de compétitivité et les créneaux d'excellence, que M. Charest présidera avec le Premier ministre français François Fillon vendredi à Bercy.

Ce genre d'entente ouvre aux travailleurs français les professions réglementées au Québec, et réciproquement. En comptant ceux signés mardi, près de 70 accords au total ont ainsi déjà été conclus pour faciliter les échanges dans des secteurs clés, comme la construction, les métiers de bouche, les ingénieurs ou les professions de santé et autant de professions bénéficient d'une équivalence. De quoi faciliter l'émigration au Canada francophone, où la vie paraît plus facile à beaucoup d'immigrants.

"A Paris, je devais avoir une heure de RER pour aller jusqu'à mon travail, les jours où les transports fonctionnaient", dit Lise Desforges, assistante sociale.

En venant au Québec, la jeune femme voulait changer de vie. En quelques mois, elle a trouvé un grand appartement dans un cadre idéal, et surtout un travail équivalent à celui qu'elle avait à Paris. Grâce à l'accord signé entre la France et l'ordre des travailleurs sociaux du Québec, son diplôme a été reconnu de l'autre côté de l'Atlantique, indique-t-elle à l'AFP.

L'histoire se répète pour Wilfried Vast, peintre en bâtiment de 26 ans. Il n'a pas eu besoin de reprendre ses études, son expérience a été reconnue dès son arrivée.

"La grosse différence, surtout, c'est le salaire", reconnaît-il. "En France, j'étais à 11 euros de l'heure, ici je suis à 27 dollars (19 euros)."

Le Québec manque de main d'oeuvre. D'ici 2013, la province devra recruter plus de 700.000 personnes. Une aubaine pour les milliers de Français qui tentent l'aventure chaque année.

"Cela équivaudrait à 6 millions d'emplois en France", calcule rapidement Nadir Sidhoum, directeur de l'Office français de l'immigration au Canada. "Vous imaginez l'impact sur la population française, si on leur disait qu'il y avait 6 millions d'emplois à créer d'ici 2014? Cela chamboulerait toute la société!"

Malgré une certaine lenteur observée dans son entrée en application, l'entente entre le Québec et la France sert de modèle. "Ce qui est intéressant, c'est la mobilité", estime la consule générale de France à Québec, Hélène Le Gal. Nous faisons avec le Québec ce qui existe au sein de l'Union européenne, et qui n'existait nulle part ailleurs pour les Français jusqu'à présent."

Le Québec espère élargir ces accords. "C'est une entente modèle, qui va servir à d'autres pays de l'Union européenne. L'Italie et la Belgique souhaiteraient, par exemple, signer une telle entente. La Tunisie souhaiterait signer une telle entente", a déclaré à l'AFP Monique Gagnon-Tremblay, ministre des relations internationales du Québec.