Qand l'ego ou la culpabilité font s'épancher les suspects dans la presse

© 2010 AFP

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Comme la légende voulant que l'assassin revienne toujours sur les lieux du crime, il n'est pas rare que les auteurs d'un délit, avant d'être identifiés, se répandent dans les médias, par culpabilité, fascination ou narcissisme.
Comme la légende voulant que l'assassin revienne toujours sur les lieux du crime, il n'est pas rare que les auteurs d'un délit, avant d'être identifiés, se répandent dans les médias, par culpabilité, fascination ou narcissisme. — Jeff Pachoud afp.com

Comme la légende voulant que l'assassin revienne toujours sur les lieux du crime, il n'est pas rare que les auteurs d'un délit, avant d'être identifiés, se répandent dans les médias, par culpabilité, fascination ou narcissisme.

Au lendemain de l'incendie qui a fait sept morts dans un foyer de Dijon le week-end dernier, un jeune homme de 19 ans n'avait pas hésité à témoigner dans la presse pour expliquer avoir tout vu et affirmer qu'il s'agissait d'un geste criminel.

Quelques jours plus tard, il a été identifié comme l'un des deux auteurs présumés du sinistre et interpellé dans un hôpital psychiatrique de la ville.

Ses déclarations aux médias avaient attiré sur lui l'attention des enquêteurs.

"C'est de la criminologie de base, un phénomène que les policiers connaissent bien", observe le neuropsychiatre et expert judiciaire Serge Bornstein.

"Dans les histoires d'incendie, celui qui dénonce, qui est témoin, qui prévient les secours, c'est souvent celui qui a mis le feu", confirme un autre expert psychiatre réputé.

"Quand c'est un incendie sans victime, c'est souvent une manière de se mettre en avant, d'être à la fois initiateur et annonciateur de quelque chose d'exceptionnel. Quand les conséquences sont si catastrophiques, c'est peut-être, naïvement, une façon de se disculper", analyse ce médecin.

Le psychiatre Roland Coutanceau n'exclut pas que le jeune homme, "dépassé par son acte", ait développé comme une sorte de mécanisme de défense "en se faisant passer pour un autre", manière de "limiter les dégâts".

La chronique judiciaire conserve quelques exemples célèbres de criminels intervenus dans les médias au cours d'une enquête, au terme de laquelle ils seront arrêtés et condamnés.

C'est Patrick Henry, en 1976, espérant devant les caméras de télévision un "heureux dénouement" à la disparition du jeune Philippe Bertrand et souhaitant la peine de mort pour les ravisseurs d'enfant. Il avouera finalement le rapt et le meurtre du garçonnet qui lui vaudront une condamnation à la réclusion à perpétuité.

C'est David Hotyat s'exprimant volontiers dans la presse au début de l'enquête sur la disparition de la famille Flactif, en 2003, avant d'avouer le meurtre du couple et ses trois enfants.

Si les experts interrogés par l'AFP soulignent "l'absence de profil type" conduisant à ce type de comportement, certains mécanismes sont bien identifiés.

Gérard Rossinelli, de l’Association nationale des psychiatres hospitaliers experts judiciaires (ANPHEJ), distingue "les personnalités perverses qui se débrouillent pour être mises en lumière" à travers leurs actes et les "personnes déstructurées pour qui il s'agit, dans une sorte de dédoublement de personnalité, de s'adapter" à la terrible réalité de leur acte.

"On observe une dialectique complexe où le sujet peut chercher à la fois à s'approprier et se désapproprier l'acte, être à la fois auteur et spectateur de lui-même, revendiquer son geste et s'en détacher", constate le Dr Bornstein.

Pour Gérard Rossinelli, ces comportements "montrent surtout l'importance des médias et de la reconnaissance d'un individu par la société à travers les médias".