Karachi: les familles sursoient à la plainte annoncée mais s'en prennent à Sarkozy

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Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont "décidé de surseoir" à la plainte annoncée vendredi contre Dominique de Villepin, mais sont "outrées" par les déclarations samedi de Nicolas Sarkozy sur l'affaire, a déclaré leur avocat Me Olivier Morice.
Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont "décidé de surseoir" à la plainte annoncée vendredi contre Dominique de Villepin, mais sont "outrées" par les déclarations samedi de Nicolas Sarkozy sur l'affaire, a déclaré leur avocat Me Olivier Morice. — Bertrand Guay afp.com

Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont "décidé de surseoir" à la plainte annoncée vendredi contre Dominique de Villepin, mais sont "outrées" par les déclarations samedi de Nicolas Sarkozy sur l'affaire, a déclaré leur avocat Me Olivier Morice.

L'engagement du président Nicolas Sarkozy de remettre à la justice tous les documents relatifs à l'attentat de Karachi "sonnent comme un aveu, déclare, dans un entretien publié dimanche par le Parisien/Aujourd'hui en France, Magali Drouet, fille d'un salarié de la Direction des constructions navales (DCN) décédé lors de l'attentat,

"Les familles ont accueilli très favorablement les déclarations de Villepin et ont décidé de surseoir jusqu'à son audition au dépôt de la plainte", avait expliqué Me Olivier Morice, dans un entretien téléphonique avec l'AFP.

Après avoir émis le souhait d'être entendu dès la semaine prochaine par le juge financier parisien Renaud Van Ruymbeke en qualité de témoin, l'ex-Premier ministre a fait état vendredi de "très forts soupçons de rétrocommissions", c'est-à-dire des faits de corruption, dans le contrat pour la vente à Islamabad de sous-marins en 1994.

La promesse faite depuis le sommet de l'Otan à Lisbonne par Nicolas Sarkozy, que l'Etat communiquerait "en temps et heure" tous les documents sur ce dossier, a en revanche été mal reçue.

"Les familles des victimes sont tout à fait outrées par la réaction du chef de l'Etat qui, d'une part, reconnaît implicitement que des documents n'ont pas été transmis à la justice, et d'autre part, se comporte comme un prince dans son château qui déciderait selon son bon vouloir de l'avancée d'une enquête", a déclaré Me Morice.

"Il parle de dignité à l'égard des parties civiles mais son comportement ne prend pas en compte la douleur des familles", a poursuivi l'avocat en réponse au refus du chef de l'Etat d'entrer dans une "polémique qui n'a pas lieu d'être" et à sa condamnation de "commentaires politiciens".

Dans l'enquête sur l'attentat qui avait tué en 2002 quinze personnes, dont onze salariés français de la Direction de la Construction navale (DCN), le juge antiterroriste Marc Trévidic, après avoir envisagé la piste d'Al Qaïda, s'est orienté vers celle de représailles pakistanaises à l'arrêt de versement de commissions à des intermédiaires.

Cet arrêt avait été décidé par Jacques Chirac, juste après son élection à la présidence de la République en 1995. Les familles envisagent de porter plainte contre MM. Chirac et de Villepin car elles soupçonnent que cette décision a abouti à l'attentat alors qu'ils auraient été informés des risques.

L'Elysée a vivement réagi dès vendredi soir aux propos de Dominique de Villepin: suggérer que le contrat franco-pakistanais aurait "eu pour conséquence de contribuer illégalement au financement de la campagne électorale" d'Edouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole, "relève de la rumeur malveillante".

Jugeant qu'"il ne sera jamais trop tard pour dire la vérité aux familles", le député PS Bernard Cazeneuve, élu de Cherbourg d'où venaient les victimes de l'attentat, demande pour sa part dans le Journal du Dimanche "la réouverture de la mission (d'information) parlementaire".

"Si le président de la République dit vrai aujourd'hui, et qu'il reste encore, dans les armoires de l'Etat, des documents à déclassifier", les ministres de la Justice (Michèle Alliot-Marie) et de la Défense (Hervé Morin) de l'époque, "sont venus mentir à la représentation nationale" en affirmant devant la commission d'enquête "qu'ils avaient déclassifié tous les documents à l'attention du juge d'instruction".