Une myriade de sociétés soupçonnées d'avoir blanchi l'argent du banditisme à Marseille

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L'enquête sur la découverte des corps carbonisés de deux retraités dans leur maison de Bourg-Blanc dans le nord Finistère a été relancée samedi par la présence de coups portés à l'arme blanche sur le corps de l'homme et s'oriente désormais vers un double homicide au mobile inconnu.
L'enquête sur la découverte des corps carbonisés de deux retraités dans leur maison de Bourg-Blanc dans le nord Finistère a été relancée samedi par la présence de coups portés à l'arme blanche sur le corps de l'homme et s'oriente désormais vers un double homicide au mobile inconnu. — Mychèle Daniau afp.com

Une enquête menée à Marseille sur des marchés publics présumés frauduleux, dans les Bouches-du-Rhône et en Corse, fait apparaître une myriade de sociétés soupçonnées d'avoir blanchi de l'argent du grand banditisme, selon des sources concordantes.

Outre une entreprise de maçonnerie de Gardanne (Bouches-du-Rhône), dont le gérant a été écroué en octobre, des sociétés des Alpes-Maritimes et du Var sont concernées, derrière lesquelles les gendarmes de la section de recherches marseillaise ciblent les mêmes personnes.

"Azur 2C" et "Riviera International", basées à Grasse et Vallauris, ont ainsi obtenu des marchés publics auprès du conseil général de Haute-Corse, dont un haut fonctionnaire, Pierre Olmeta, 48 ans, a été écroué le 12 novembre.

Azur 2C en a obtenu trois en 2007, pour près de 300.000 euros, portant sur la fourniture de "kits de prévention sanitaire" (des préservatifs) et une "aide technique" aux personnes âgées et handicapées. En 2005, Riviera International avait déjà été retenue pour des préservatifs.

Des marchés surprenants au regard de l'objet social de ces sociétés. Azur 2C, fondée en 2006 et en liquidation depuis 2008, était spécialisée officiellement dans la communication, le conseil et la publicité. Riviera International, fondée en 2004 et en redressement depuis 2009, faisait dans le négoce de voitures et d'engins de compactage.

Toutes les deux avaient pour dirigeant Stéphane Brunengo-Girard, 35 ans, mis en examen et écroué. Il détenait le capital d'Azur 2C via une société britannique, TCB Management Holding.

Riviera International, pour sa part, appartenait à une autre société britannique, Méditerranée Consultant Holding (MCH), et à un cousin du fonctionnaire du conseil général de Haute-Corse, Patrick Boudemaghe, 51 ans. Celui-ci, écroué récemment en Espagne sur commission rogatoire du juge marseillais Charles Duchaine, qui instruit le dossier, devrait prochainement être transféré en France.

M. Boudemaghe et MCH étaient aussi actionnaires d'ABT à Gardanne, dont le patron Damien Amoretti, 34 ans, écroué en octobre, gérait encore avec MCH une société varoise, Cyrnea Communication, également soupçonnée.

M. Amoretti est enfin lié au capital de la société de traitement de déchets d'Alexandre Guérini, frère du président socialiste du Conseil général des Bouches-du-Rhône, auprès duquel ABT a remporté des marchés. M. Guérini avait été visé par des perquisitions il y a un an.

Reste à savoir comment les commandes publiques étaient satisfaites et d'où venait l'argent supposé blanchi.

Les gendarmes s'intéressent au gérant de la société MCH et de sa maison mère, Pacific Business Group, implantée dans l'Etat américain du Delaware, que des organisations non-gouvernementales considèrent comme un paradis fiscal. Cet homme, Bruno Gerber, travaille dans l'importation de fournitures les plus diverses depuis l'Asie, et dans la domiciliation bancaire à l'étranger.

Des surveillances techniques et des recoupements conduisent aussi les investigations vers Bernard Barresi, 48 ans, un Varois fiché au grand banditisme. Il a été écroué en juin au terme d'un important coup de filet dans le milieu, opéré par la Police judiciaire sur commission du juge marseillais Philippe Dorcet, qui travaille en lien avec le juge Duchaine même si les dossiers sont juridiquement distincts.

La compagne de Bernard Barresi, Carole Serrano, 37 ans, mise en examen, dirige une société qui a remporté des marchés avec le conseil général des Bouches-du-Rhône et partage une adresse avec l'entreprise ABT à Gardanne.

Depuis des cabines téléphoniques de la région aixoise, Bernard Barresi aurait fréquemment joint Patrick Boudemaghe en Espagne au premier trimestre 2010, pour réclamer des fonds en liquide : 64.000 euros ont été saisis chez lui. Bavard avec ses lieutenants, les frères Campanella, également écroués depuis, il téléphonait aussi régulièrement en Indonésie.