Un Français sur cinq a traversé une période de «pauvreté» selon l'Insee

SOCIETE Selon un nouvel indicateur prenant en compte des indicateurs de «bien-être»...

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Plus d'un Français sur cinq a traversé une période de "pauvreté", selon un nouvel indicateur de l'Insee, qui ne s'arrête pas à la fiche de paie mais prend en compte d'autres aspects de la vie quotidienne, comme les privations alimentaires ou les difficultés de logement.
Plus d'un Français sur cinq a traversé une période de "pauvreté", selon un nouvel indicateur de l'Insee, qui ne s'arrête pas à la fiche de paie mais prend en compte d'autres aspects de la vie quotidienne, comme les privations alimentaires ou les difficultés de logement. — Bertrand Langlois AFP/Archives

Plus d'un Français sur cinq a traversé une période de «pauvreté», selon un nouvel indicateur de l'Insee, qui ne s'arrête pas à la fiche de paie mais prend en compte d'autres aspects de la vie quotidienne, comme les privations alimentaires ou les difficultés de logement.

«La pauvreté ne se réduit pas aux seuls revenus», a souligné Jean-Philippe Cotis, directeur général de l'Insee, en présentant à la presse l'édition 2010 de «France, portrait social» publié par l'institut. Dans la lignée du rapport du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, qui recommande de compléter la croissance (évaluée par le PIB), par des indicateurs de «bien-être», prenant en compte des activités non-marchandes et des inégalité, l'Insee a forgé de nouveaux instruments.

22% des Français de plus de 16 ans touchés

Le nouvel indicateur, «la pauvreté en conditions de vie», mesure les privations d'éléments de bien-être de la vie quotidienne: rentrent en compte les contraintes budgétaires (découverts bancaires), les retards de paiement (de loyers ou de factures), la consommation (possibilité de manger de la viande tous les deux jours, partir une semaine de vacances par an, acheter des vêtements neufs, recevoir), rencontrer des difficultés de logement.

Au regard de ces critères, 22% des Français de plus de 16 ans ont connu entre les années 2004-2007 (durée de l'étude) au moins une année de pauvreté, souvent de manière temporaire notamment pour les ménages jeunes. Seuls 4% sont restés dans cet état durant les quatre années.

«La pauvreté monétaire (disposer de moins de 950 euros par mois, ndr) touche 13% de la population», rappelle Stéfan Lollivier, directeur des études sociales à l'Insee, et «la pauvreté non monétaire» touche une population «équivalente», mais seuls 4% y restent de manière durable, souligne-t-il. Cette chute temporaire dans la pauvreté s'explique notamment par «une croissance, des gains de productivité et un pouvoir d'achat relativement faibles en France», qui renforcent les «aléas» et l'impact sur la consommation, souligne Jean-Philippe Cotis.

Tous les pays industrialisé concernés

Mais la France n'est pas seule dans ce cas, «dans tous les pays industrialisés il y a des aléas dans une vie professionnelle», qui sont «encore plus forts dans les pays anglo-saxons» où les gens «ont plus de mal à sortir de la pauvreté», souligne Jean-Philippe Cotis qui rappelle l'importance de la «redistribution» publique en France.

Par ailleurs, l'Insee a esquissé un autre indicateur pour mesurer la «qualité de vie»: outre les conditions matérielles, il tient compte de l'état de santé, des conditions de travail, du niveau d'éducation, de la sécurité, et du «capital social», c'est-à-dire «la participation à la vie publique et les contacts avec les autres».

Risque de dégradation

Sans surprise, les personnes aux revenus faibles et les familles monoparentales «sont les deux groupes qui ont la qualité de vie la plus dégradée» au regard de ces critères. Le risque de dégradation est nettement moindre pour le quart des Français les plus aisés. Mais, les revenus ne sont pas toujours déterminants, ainsi pour les personnes âgées la qualité de vie est dégradée par une moins bonne santé, de contacts moins nombreux.

Selon une étude européenne (portant sur la période 2003-2007) et basée sur des données subjectives (le ressenti de la population), la France se situe dans la moyenne européenne pour la qualité de vie, loin derrière les pays scandinaves. Mais, en matière de cohésion sociale et d'intégration de groupes ethniques, elle décroche la plus mauvais note, après les Pays-Bas et l'Italie.