Les chrétiens blessés d'Irak vont demander l'asile en France

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"Nous voulons rester ici": les proches des chrétiens irakiens blessés dans l'attaque contre l'église de Bagdad et évacués en France ont clairement dit leur souhait au ministre de l'Immigration Eric Besson, venu leur rendre visite jeudi à Créteil.
"Nous voulons rester ici": les proches des chrétiens irakiens blessés dans l'attaque contre l'église de Bagdad et évacués en France ont clairement dit leur souhait au ministre de l'Immigration Eric Besson, venu leur rendre visite jeudi à Créteil. — Bertrand Guay AFP/Archives

«Nous voulons rester ici»: les proches des chrétiens irakiens blessés dans l'attaque contre l'église de Bagdad et évacués en France ont clairement dit leur souhait au ministre de l'Immigration Eric Besson, venu leur rendre visite jeudi à Créteil.

«Je suis touchée par votre accueil chaleureux, cela me donne des forces», confie à Eric Besson l'une des réfugiées, qui n'a pas été identifiée et dont les propos étaient traduits. «Nous voulons rester ici», ajoute-t-elle.

Les dix-huit proches accompagnant les 36 chrétiens d'Irak gravement blessés avaient rejoint le soir même de leur arrivée à l'aéroport d'Orly lundi ce centre d'accueil temporaire de Créteil, géré par l'association France Terre d'Asile.

«L'asile définitif»

Réunies jeudi dans le réfectoire autour d'Eric Besson venu «respecter une promesse» faite à l'aéroport, elles ont toutes exprimé leur souhait de demander «l'asile définitif» en France.

«Je ne veux plus retourner là-bas», confesse l'un des réfugiés, demandant au ministre de l'Immigration si les membres de sa famille restée en Irak pouvaient le rejoindre. «Mon père a des blessures légères. Il est pressé de venir en France», explique-t-il.

«J'ai mon mari, mes enfants là-bas. Mon frère a reçu des menaces. Ils sont dans un état dramatique en Irak. Je voudrais les faire venir le plus vite possible», s'inquiète à son tour une femme.

Après les 54 personnes arrivées lundi, un deuxième groupe de 93 personnes devrait être accueilli «d'ici quelques jours ou quelques semaines», a répété M. Besson. «Soit vos familles sont incluses, soit elles ne sont pas incluses dans cette liste de personnes prioritaires» en cours d'élaboration, a dit M. Besson aux personnes accompagnatrices.

«Ne pas faire venir tous les chrétiens d'Orient et tous les chrétiens d'Irak»

«Quand vous aurez obtenu l'asile, vous allez demander le regroupement familial de vos familles et on va faire en sorte que les délais soient les plus courts possibles», a-t-il expliqué.

Mais «la préoccupation du gouvernement français n'est pas de faire venir tous les chrétiens d'Orient et tous les chrétiens d'Irak», a tenu à préciser M. Besson, répondant aux inquiétudes émises mardi par le Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki quant à «l'émigration» de cette communauté. Les dix-huit chrétiens d'Irak hébergés à Créteil seront «répartis dans d'autres centres avec les membres de leurs familles au fur et à mesure qu'ils sortent de l'hôpital», a poursuivi le ministre de l'Immigration.

Ce devait être le cas dès jeudi pour deux blessés qui devaient rejoindre le centre «dans la journée». Trois autres suivront vendredi.

«Le travail de reconstruction va être long»

«J'ai un frère à qui on a amputé le bras droit. J'ai aussi une soeur, gravement blessée, qui a été soignée et est sauvée. Les médecins lui ont promis de mettre des prothèses aux pieds. Elle pourra remarcher», raconte un homme.

«J'ai rendu visite à ma femme, blessée au fémur gauche et à l'articulation du pied droit. Psychologiquement, elle va beaucoup mieux», témoigne un autre réfugié. «Mon fils, qui était présent à l'église, était très sociable avant, mais depuis l'attentat, il est devenu plus frileux et hésite à approcher d'autres personnes que moi», poursuit-il.

«Le travail de reconstruction va être long, notamment psychologiquement pour certains d'entre eux», pronostique Eric Besson. «Quand je suis monté dans l'avion à Orly, ils étaient dans un état de stress et avaient peur (...) Paradoxalement, plus qu'un soulagement, j'avais vu de l'inquiétude.»