Bientôt, des facteurs à tout faire?

SOCIETE La Poste veut compenser la baisse du courrier...

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Rendre visite aux personnes âgées pour s'assurer qu'elles vont bien, leur apporter des médicaments, installer des boîtiers de téléassistance ou relever les compteurs de gaz: face à la baisse du courrier, les facteurs vont élargir peu à peu leurs activités.
Rendre visite aux personnes âgées pour s'assurer qu'elles vont bien, leur apporter des médicaments, installer des boîtiers de téléassistance ou relever les compteurs de gaz: face à la baisse du courrier, les facteurs vont élargir peu à peu leurs activités. — Mychele Daniau AFP/Archives

Rendre visite aux personnes âgées pour s'assurer qu'elles vont bien, leur apporter des médicaments, installer des boîtiers de téléassistance ou relever les compteurs de gaz: face à la baisse du courrier, les facteurs vont élargir peu à peu leurs activités.

Séduisante, l'idée suscite toutefois des inquiétudes chez les syndicats, dont celle de la responsabilité. S'appuyant sur la bonne image des 100.000 facteurs et leur passage six jours sur sept dans les foyers, La Poste veut compenser la baisse du courrier, estimée à 30% d'ici 2015, par des activités complémentaires.

Portage de médicaments

«Le premier métier des facteurs restera le portage du courrier et des colis», assure cependant Nicolas Routier, directeur général du courrier. La Poste a lancé il y a trois ans le programme «Facteur Service Plus», destiné notamment aux personnes âgées: parmi la gamme de services, le «portage de médicaments».

Une convention, élaborée avec l'Ordre des pharmaciens, a déjà été signée par plus de 80 pharmacies. D'autres sont en discussion, avec l'objectif de 400 officines partenaires début 2011. Concrètement, le pharmacien, qui paye la prestation, remet des paquets scellés à La Poste et la livraison est effectuée pendant la tournée du facteur, même s'il n'a aucun courrier à délivrer à la personne.

«Bonjour Facteur»

«C'est une bonne idée», reconnaît Jean-Luc Jacques (CFTC), «mais si le facteur se trompe de colis, qui est responsable?» Même inquiétude concernant le service baptisé «Bonjour Facteur», qui consiste à rendre visite aux personnes isolées et fragiles. «Il ne s'agit pas d'assurer un service médical, mais de vérifier que la personne va bien», veut rassurer la direction.

«Bonjour Facteur» se déploiera via des contrats avec un conseil général, une association ou une entreprise d'aide à domicile. «Ce n'est pas gratuit, car cela demande du temps», explique M. Routier, mais une intervention sera «moins chère qu'une lettre recommandée», soit «entre 4 et 5 euros».

«50 millions d'euros minimum par an»

D'autres services existent déjà: dans certaines communes, des facteurs se chargent de relever les compteurs de gaz, à Brest, ils ont recensé la population. En Lozère, ils installent des boîtiers de téléassistance pour une association d'aide à domicile. En Alsace, Bretagne, Franche-Comté, Lorraine et Champagne-Ardenne, ils branchent des adaptateurs TNT (télévision numérique terrestre).

Bientôt, ils livreront à domicile, pour le compte des médiathèques, des livres, CD, ou autres, escompte La Poste. Elle espère que «Facteur Service Plus» rapportera à terme «50 millions d'euros minimum par an». A destination d'entreprises et de collectivités, des facteurs testent aussi dans l'Essonne la collecte de papiers à recycler. Celle de téléphones portables usagés est à l'étude.

«Cela pourrait ne pas être mauvais»

Mais les syndicats restent prudents: ainsi, la CFTC n'est «pas opposée à des compléments d'activité, s'ils restent du service public». «Cela pourrait ne pas être mauvais si ça contribue à apporter de l'activité», ajoute Luc Grolé (CGT), mais «La Poste est-elle capable d'honorer ce qu'elle met en chantier? Elle ne remplace qu'un départ sur cinq dans la branche courrier, ça devient compliqué de tout faire en même temps».

«Les facteurs n'ont pas plus de temps libre, leur tournée est sans cesse réorganisée et allongée», insiste Régis Blanchot (Sud-PTT), favorable à «une mutualisation des services publics en zone rurale et dans certains quartiers populaires» excluant tout acte commercial. Mais «si l'amélioration des prestations offertes par La Poste doit conduire à supprimer des emplois à GDF ou ailleurs, ce n'est pas satisfaisant», dit-il.