Cinq victimes du violeur multirécidiviste Patrick Trémeau témoignent

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Dix-huit chaises alignées contre un mur. Autant que de victimes reconnues ou présumées de Patrick Trémeau, violeur multirécidiviste interpellé jeudi et mis en examen pour le viol de trois femmes entre juin et septembre en région parisienne. Dix-huit chaises et cinq femmes réunies hier à Paris à l’initiative de l’Association pour la protection contre les agressions et les crimes sexuels, pour « dire leur colère », trois anonymement et deux à visage et nom découverts. Toutes sont des victimes de Trémeau, condamné à deux reprises, en 1987 et 1998. « Nous savions toutes qu’une fois libéré, il allait recommencer, déclare Anne Bordier, l’une d’elles. Nous avons alerté les ministères de l’Intérieur et de la Justice, les services de Nicolas Sarkozy, de Dominique Perben, de Nicole Guedj... Personne n’a rien fait, il n’y a eu aucune volonté politique. » Sa voisine, Marie-Ange Le Boulaire, renchérit : « Les politiques, en laissant sortir Trémeau sans condition, l’ont autorisé à recommencer. » Patrick Trémeau a été libéré en mai. Sans aucun suivi. Une aberration pour les cinq femmes. « Croire qu’un violeur va s’arrêter une fois dehors est naïf », explique Claudia. « En prison, il n’a été obligé de suivre aucun soin, mais il a pu apprendre la peinture et faire beaucoup de musculation », regrette la jeune femme qui reconnaît « parler avec [ses] tripes plus qu’avec [sa] raison ». Toutes cinq veulent que la loi change. Elles réclament l’arrêt des remises de peine pour les violeurs, la création d’une « brigade des crimes sexuels comme il en existe pour l’antiterrorisme », le port de bracelets électroniques pour les délinquants sexuels libérés, et la nomination de « cent officiers de probation » chargés de « surveiller les trois mille violeurs récidivistes recensés » en France. Dans la salle, deux envoyés des ministères de l’Intérieur et de la Justice leur font part de leur « compassion » et de leur « solidarité ». « J’aimerais vous croire, mais je crains que dans dix ans, il n’y ait une nouvelle réunion avec quelques chaises en plus », leur répond une des femmes. Bastien Bonnefous