Tout pour éviter l'exécution publique

©2006 20 minutes

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Le juge en position d'accusé

Pour la première fois en France, les principales chaînes de télévision vont retransmettre en direct, aujourd'hui à partir de 16 h 30, l'audition d'un juge par une commission d'enquête parlementaire

Il faut dire que le juge en question s'appelle Fabrice Burgaud et que ce magistrat incarne, aux yeux de l'opinion publique, le désastre de l'affaire Outreau

Autre nouveauté : les acquittés ont été autorisés à assister à l'audition

Dès lors, comment faire pour que cette première ne tourne pas à l'exécution publique ? Les députés ont mis en place plusieurs garde-fous : Fabrice Burgaud sera assisté de ses avocats, les acquittés ne seront pas filmés, tous ne seront pas présents et ceux qui le seront se sont engagés à ne pas réagir

André Vallini, président PS de la commission, a averti qu'il suspendrait l'audition au moindre incident

Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée nationale, a pris des dispositions pour protéger l'arrivée et la sortie du juge Burgaud, notamment afin d'éviter la cohue des caméras

Les gardes du corps qui protègent le juge depuis samedi ne devraient pas rester dans la salle, où les agents de l'Assemblée seront chargés de parer à toute éventualité

Jean-Pierre Berthet, ancien chroniqueur judiciaire à TF1 et consultant judiciaire sur La Chaîne Parlementaire, est conscient des dérapages possibles

« Nous allons assister à une expérimentation inédite, celle de la justice à la télévision, explique-t-il

Seulement, gardons à l'esprit que la dramatisation dans cette affaire est déjà très forte et qu'il ne faut donc pas en rajouter

Les caméras doivent rester fixes, il ne faut pas non plus de montage et encore moins de coupures publicitaires pendant l'audition

En somme, ce sera du direct intégral et les télés devront faire attention à ne pas tomber dans la scénarisation en évitant de zoomer sur les visages, par exemple

Notre volonté de pédagogie a vraiment besoin de ces prudences techniques

» Le journaliste reconnaît une confusion réelle entre l'enceinte institutionnelle de la commission parlementaire et l'enceinte judiciaire : « Nous ne jugeons pas la justice

A la fin des travaux de la commission, il n'y aura pas de verdict, ni de coupables

» David Carzon et David Medioni (Agence Page 30)