Flottille: le risque d'importation du conflit israélo-palestinien en France est «réel»

PROCHE-ORIENT Les associations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme sont vigilantes...

Corentin Chauvel

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REVELLI-BEAUMONT / SIPA

Cinq jours après l’assaut meurtrier de l’armée israélienne sur la flottille humanitaire à destination de la bande de Gaza, les tensions sont toujours vives à travers le monde. En France, des manifestations de protestation sont prévues samedi à Paris et dans le reste du pays, mais des mouvements collectifs ont déjà eu lieu chaque jour depuis lundi, provoquant parfois des débordements comme à Strasbourg.

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), suivie du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a ainsi exprimé sa crainte mercredi face à «des réactions d’émoi aussi compréhensibles qu’inévitables», entraînant «une nouvelle importation, bien périlleuse, du conflit israélo-palestinien sur notre territoire».

Une corrélation systématique

C’est statistique. Il y a toujours eu, depuis dix ans, une corrélation entre les flambées de violence au Proche-Orient et une résurgence, en parallèle, d’actes racistes et antisémites en France. «Cela s'est vérifié quasiment à chaque fois lors de phases particulièrement chaudes à l'instar du début de la deuxième Intifada en 2000, des événements de Jénine en 2002, ou encore du début de l'année 2009 durant la guerre à Gaza», rappelle à 20minutes.fr Marc Hecker, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

L’incident de lundi risque-t-il de recréer une situation similaire dans les jours à venir? «Oui, on peut craindre qu'il y ait des résonances en France, mais la tension peut aussi redescendre très rapidement, d'autant qu'il s'agit en l'occurrence d'un événement ponctuel qui, contrairement à la guerre du début de l'année 2009, ne va pas se prolonger de manière aussi intense sur plusieurs semaines», précise Marc Hecker.

«Il ne faut pas crier au loup tant qu’il n’est pas sorti du bois»

Contactée par 20minutes.fr, la Licra préfère «prévenir» tout nouveau débordement, notamment lors des manifestations, et a ainsi réuni ce vendredi matin «l’ensemble des acteurs associatifs». Si elle cautionne «le droit à manifester», l’organisme insiste pour que les organisateurs veillent à la bonne tenue de leur cortège.

«Le risque d’importation du conflit israélo-palestinien est réel, cette agression délibérée d’Israël ne peut que favoriser les extrêmes de tous bords», reconnaît Mouloud Aounit, le président du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), joint par 20minutes.fr. Toutefois, pour ce dernier, «il ne faut pas crier au loup tant qu’il n’est pas sorti du bois».

Les associations tentent d’écarter tout amalgame

Le moindre dérapage sera condamné par les associations. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas le fait de «militants encartés» d’après Marc Hecker: «Certaines grandes associations, comme France Palestine Solidarité, condamnent au contraire l'antisémitisme et expliquent qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre les juifs de France et les soldats israéliens.»

Mais comment éviter à chaque fois ce «réflexe de peur, de division et de repli communautaire» dénoncé par la Licra et qui engendre des actes extrémistes (synagogues brûlées, cimetières profanés…)? Contactées par 20minutes.fr, les autorités (ministère de l'Intérieur, ministère des Affaires étrangères, préfecture de police), préfèrent ne pas en parler, mais elles sont sur le qui vive, «sensibles à ce que le conflit israélo-palestinien ne suscite pas de débordements en France», indique Marc Hecker. «La mouvance pro-palestinienne est surveillée et les déploiements de forces de l'ordre lors des manifestations sont impressionnants.» Prochain rendez-vous samedi.

>> A la suite de nombreux débordements, cet article a été fermé aux commentaires. Plus d'explications par ici.