Grégoire Deniau, grand reporter pour France 2 et Prix Albert-Londres 2005

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A quoi ressemble un Prix Albert-Londres ? A un troisième ligne de rugby, un bonhomme modeste au sourire franc. Derrière cet homme, quelques-uns des plus retentissants reportages de ces dernières années : une traversée de la Méditerranée avec des clandestins sur une barque de fortune (qui lui vaut le prix), le siège de Falloudja vu – cas unique – du côté irakien, un voyage dans la jungle pour retrouver la minorité hmong cernée par l’armée laotienne... A chaque fois, la force du témoignage et la rareté des images saisissent le spectateur. Grégoire Deniau débarque en métropole à 16 ans après avoir vécu aux quatre coins de la planète. Grâce à un père politicien aventureux – Jean-François Deniau –, il avait « déjà rencontré des chefs de guerre avec d’être reporter ». Il enchaîne trois maîtrises de droit et monte une société d’élevage de vers de terre. Mais un autre animal le démange, le reportage. Il apprend sur le tas : un stage à TF1, des piges sur la Cinq et des reportages sur les favelas pendant ses vacances. En 1989, il couvre la chute du mur à Berlin contre l’avis du directeur de l’info de la Cinq. Remarqué, il fera le premier sujet de LCI, depuis le Rwanda. Dix ans plus tard, il s’installe à France 2. Aujourd’hui, il préfère travailler seul ou avec des photographes : « On ne se marche pas sur les pieds et si ça foire, c’est de ma faute. » Comment choisit-il ses sujets ? « Quand quelque chose n’a pas été fait, c’est que personne ne voulait ou n’a réussi, donc il faut essayer. » Selon lui, « les sujets chauds sont plus faciles : pas de concurrence. Je filme peu et les gens sur place apprécient les risques pris. » Le plus dur étant parfois de convaincre sa rédaction. Les prochains reportages ? Des pirates qui kidnappent des cargos près de Singapour et des camps d’entraînement de terroristes aux Philippines. Face au danger, il cultive le contrôle et suit son instinct : « Il y a certains jours où on sent qu’il ne faut même pas traverser une rue. » A Paris, d’autres chausse-trappes le guettent, comme les coups de fil reçus par le jury pour qu’il ne remporte pas le Prix Albert-Londres. Il semble s’en moquer, son fils joue au rugby et sa fille chasse les terroristes, la lignée continue. Arnaud Sagnard

Alex Jordanov, reporter à l’agence Capa « Pour l’avoir côtoyé plusieurs fois, notamment en Irak, Deniau est quelqu’un d’infatigable, une machine à avancer. Mais il est surtout extrêmement droit dans sa perception du journalisme. Il ne prend pas de détour pour arriver à son but. » Olivier Jobard, photographe de l’agence Sipa « On s’est connu il y a une dizaine d’années à Sarajevo, et on a commencé à travailler ensemble à Bagdad. Quand on prépare un sujet, Grégoire laisse suffisamment de place à l’imprévu. On se rassure mutuellement. J’ai une confiance absolue en lui, je sais qu’il ne partira pas sans se retourner. »