«J'ai un visage comme tout le monde»

Laure de Charette ©2006 20 minutes

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AMIENS (Somme), de notre envoyée spéciale


«Ce que j'apprécie le plus, c'est de pouvoir montrer mes émotions, avec un soupir par exemple.»

Isabelle D., la première femme greffée du visage, s'est exprimée hier pour la première fois au CHU d'Amiens face à deux cents journalistes du monde entier, aux côtés des équipes médicales qui l'ont opérée et suivie depuis la greffe du triangle nez-lèvres-menton qu'elle a subie le 27 novembre.

«Je n'ai jamais souffert», a précisé la jeune femme de 38 ans, malgré des difficultés d'élocution dues au manque de motricité de sa lèvre inférieure

Les premiers mots d'Isabelle sont allés à la famille de la donneuse, qui «malgré son malheur, son deuil, a accepté de donner une deuxième vie à des personnes en détresse».

Puis elle a ajouté: «Depuis le jour de l'opération, j'ai un visage comme tout le monde.»

Deux mois et demi après l'intervention, «la réappropriation progressive de son visage se poursuit», a précisé le Pr Bernard Devauchelle, responsable de l'opération.

Une affirmation confirmée par Isabelle, qui a esquissé un sourire. Malicieuse, elle a dit fumer «toujours clope sur clope». Au grand dam du Pr Jean-Michel Dubernard, responsable de l'équipe de chirurgie de la transplantation au CHU de Lyon.

C'est lui qui suit le traitement immunosuppresseur d'Isabelle, le risque de rejet restant très élevé. Comme le risque de cancer, «trente fois supérieur en cas de greffe de la peau», a-t-il précisé.

Aujourd'hui, Isabelle, mère de deux filles, rêve de rentrer chez elle et de travailler à nouveau. Surtout, elle espère que son opération «pourra aider certaines personnes, blessées comme moi, à revivre».

Drame Le 27 mai 2005, Isabelle tente de se suicider «après une semaine très perturbante». Elle fait un malaise et tombe par terre. A son réveil, elle découvre que son chien l'a défigurée en tentant de la réveiller.