«Des problèmes se règlent dans les couloirs»

©2006 20 minutes

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UMP Une journée comme prévue

Mardi soir, Bernard Accoyer s'accorde un moment de repos dans son bureau pour faire le point

Malgré l'examen du projet de loi sur l'égalité des chances, malgré l'offensive de l'opposition, malgré une situation complexe au sein même de la majorité, le président du groupe UMP à l'Assemblée pense avoir paré les mauvais coups

De droite ou de gauche

« La base de mon métier, c'est d'anticiper

Pour le contrat première embauche (CPE), j'ai travaillé en regardant ce qu'avait proposé l'opposition dans le passé et je trouve qu'elle est mal placée aujourd'hui pour nous faire des reproches

» «Villepin en attente de soutien» Les grandes manoeuvres ont commencé la veille

Comme tous les lundis soirs, durant une session parlementaire, Dominique de Villepin reçoit Bernard Accoyer

Sujet principal de conversation : « Le gouvernement a-t-il le soutien de sa majorité sur le CPE ? » Question cruciale alors que le Premier ministre affronte sa première crise politique

Cette fois, l'union est de mise

« J'ai abordé avec Dominique de Villepin cette nécessité de voter ce texte tous ensemble, raconte Bernard Accoyer

Le groupe UMP est totalement mobilisé sur ce texte

Cela simplifie d'ailleurs mon travail, je peux me concentrer pour contrecarrer l'offensive des socialistes

» «Comme si l'UDF n'existait pas» Mardi matin, après un petit déjeuner à Matignon en présence de Nicolas Sarkozy pour un dernier point sur la situation, Bernard Accoyer commence sa journée parlementaire par la conférence des présidents en présence de Jean-Louis Debré

« Nous fixons la vie politique de l'Assemblée des mois à venir, et des fois, c'est houleux », glisse Bernard Accoyer avant d'entrer

Quand il ressort, il se met à part pour régler un problème avec un député

« Beaucoup de problèmes concrets se règlent comme ça, au détour d'un couloir », explique Bernard Accoyer après coup

Et la conférence des présidents ? « Elle s'est déroulée dans une bonne ambiance », poursuit-il

Bon signe ? « Non, quand l'opposition ne dit rien, c'est qu'elle prépare quelque chose

» Les réunions – à huis clos – s'enchaînent toute la matinée

A midi, en réunion de groupe, le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, vient défendre devant les députés UMP son projet de loi discuté l'après-midi

A 12 h 40, une dépêche AFP annonce que l'UDF votera contre le CPE

« Ce n'est pas une surprise », commente Bernard Accoyer, qui donne pour consigne d'ignorer les centristes

A 13 h, il se retrouve face à vingt journalistes qui le questionnent bien sûr sur l'attitude de l'UDF

Lui répond sans jamais prononcer leur nom

La pause déjeuner est l'occasion du seul vrai break de la journée

Il se réserve une demi-heure de tranquillité pour manger

Un de ses conseillers attend dans le couloir pour donner les dernières infos, notes et argumentaires

La course reprend avec la séance de questions au gouvernement

L'ambiance est survoltée

«Ignorer la provocation» A 16 h, le texte sur l'égalité des chances arrive

Les socialistes lancent leur offensive pour « pourrir » l'examen du texte

« Ils cherchent l'incident de séance, décrypte Bernard Accoyer, nous ne devons pas répondre à cette provocation

» Il est obligé de quitter l'Hémicycle pour enchaîner les rendez-vous avec les parlementaires qui ont tous une bonne raison de le rencontrer

Alors que la guerre entre Sarkozy et Villepin devient de plus en plus âpre, la tâche la plus ardue pour le président du groupe majoritaire, c'est de maintenir la cohésion entre ses députés

Et de ne pas céder aux appels du pied

Car quand on est au carrefour de toutes les ambitions, les sollicitations deviennent pressantes

David Carzon

choix Bernard Accoyer a choisi de rester neutre face aux poids lourds de la majorité. Du côté de l'Elysée, on regrette que Bernard Accoyer ne soit plus autant chiraquien. Mais ils lui savent gré de ne pas avoir pris parti pour Sarkozy contre Villepin. Le président du groupe sait que sa neutralité est un des moyens de tenir ses troupes le plus longtemps possible. « Un coup, on dit qu'il est sarkozyste et le lendemain, qu'il est villepiniste, s'amuse un collaborateur. Pour nous, c'est bon signe. »