«Sur le CPE, notre stratégie est la bonne»

©2006 20 minutes

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PS C'est ici que bat le coeur du pouvoir socialiste

Jean-Marc Ayrault referme derrière lui la porte du bureau de François Hollande

Le président du groupe PS à l'Assemblée vient prendre ses instructions auprès du nº 1 socialiste

Il est 9 h, ce mardi au siège du parti, et dans quelques heures une féroce bataille politique sur l'emploi des jeunes s'engagera au Parlement

Personnage-clé, Jean-Marc Ayrault devra veiller au bon fonctionnement de la machine socialiste

D'une réunion à l'autre, exceptionnellement ouvertes à 20 Minutes, voici comment la direction du PS et Jean-Marc Ayrault orchestrent en coulisse la bataille contre le contrat première embauche (CPE)

« Emmanuelli a pas froid aux yeux » 9 h 10, bureau du premier secrétaire

Autour de la table sont installés François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, président du groupe PS au Sénat

François Hollande mène les débats : « Nos questions au gouvernement, cet après-midi à l'Assemblée, devront porter sur le CPE

C'est le sujet le plus important du jour

» Jean-Marc Ayrault acquiesce : « Il faut de bons poseurs de questions

J'ai pensé à Emmanuelli, il a pas froid aux yeux

» François Hollande interroge : « A-t-on examiné les procédures pour retarder ce texte ? N'obligeons pas le gouvernement à le passer sans vote, ce ne serait pas sérieux

Il faut prévenir que les contrats avec deux ans de période d'essai vont remplacer le CDI

» Hollande fait part à Ayrault de la contre-proposition du parti : « Nous allons déposer une proposition de loi sur la création d'un contrat sécurité formation

Un CDI avec une partie formation prise en charge par l'Etat

» «Sinon les médias n'accrochent pas» 10 h, arrivée de Jean-Marc Ayrault à l'Assemblée

Le député-maire de Nantes glisse aux journalistes croisés dans les couloirs la proposition du contrat sécurité formation

C'est ainsi qu'elle sera reprise en boucle dans les médias

Place ensuite à une réunion de collaborateurs

L'un d'eux suggère de dénoncer dans l'Hémicycle les amendements de dernière minute déposés par la majorité

« ça nous empêche de bien travailler et puis ça peut faire un incident de séance », explique-t-il

Une technique pratiquée de tout temps par l'opposition, de droite comme de gauche, pour se faire remarquer

11 h, deuxième sous-sol de l'Assemblée

Les 150 députés PS sont conviés à la réunion de groupe

A la tribune, Jean-Marc Ayrault expose : « Nous poserons toutes nos questions sur le CPE

Car les médias n'accrochent pas si on aborde plusieurs sujets à la fois

» «Nous parlerons d'Arcelor demain» Plusieurs députés rechignent

Ils souhaitent parler d'Arcelor

Jean-Marc Ayrault laisse dire

Hollande, assis à ses côtés, tranche : « Nous parlerons d'Arcelor demain

» Ceux qui poseront les questions dans l'Hémicycle, face à la télé qui retransmet, sont désignés : Henri Emmanuelli, Christian Paul et Jean-Marie Le Guen

Tour à tour ils dévoilent la charpente de leur discours

Ils sont recadrés au besoin

12 h, Jean-Marc Ayrault prend la direction de la salle des Quatre Colonnes, QG des journalistes

Une heure d'interviews plus tard, il confie

« Toutes les questions sauf une ont porté sur le CPE

Notre stratégie est la bonne

» Elle sera en tout cas respectée

A 16 h, l'examen du texte sur l'égalité des chances commence

Dans l'Hémicycle, c'est à qui s'invectivera le plus

Les trois socialistes livrent le discours prévu

Jean-Marc Ayrault demande deux suspensions de séance

Des incidents, un discours homogène : l'opposition a existé

Mission accomplie

Stéphane Colineau