La précarité frappe aussi les bourgeois

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Derrière les façades des immeubles bourgeois de Versailles (Yvelines), de plus en plus de familles nombreuses vivent sous le seuil de pauvreté. C'est le cas d'Alix* et de son mari, des quadras parents de trois enfants.

La famille vit avec 1 500 euros par mois, et par chance, le propriétaire n'a pas augmenté le loyer en dix ans. Selon les chiffres de l'Insee, ils sont donc pauvres. Très pauvres.

Peu importe, pour Alix : "Ce n'est pas parce que notre niveau de vie a chuté qu'on est plus malheureux. Même si on n'a plus droit aux futilités comme les vacances, le restaurant ou les soldes."

Tout commence il y a cinq ans lorsque la société montée par son mari fait faillite. Il se retrouve alors au chômage, sans indemnités. "La première année, on n'a vécu que sur l'argent mis de côté".

En fait, ils ignorent avoir droit à la couverture maladie universelle ou à des bourses pour les enfants. "Vous savez, quand on vient d'un milieu social comme le mien, on n'est pas renseigné. On ne pense pas aux allocations en tout genre."

Grâce à leur aisance financière passée, la banque les suit, et leur autorise des emprunts à la consommation. Mais son mari refusant de toucher le RMI "parce qu'il croit que ça l'empêchera de retrouver du travail", Alix, alors femme au foyer, doit se remettre à travailler. "Mais pas question d'accepter un poste de vendeuse". Finalement, elle devient coordinatrice pastorale dans une aumônerie, à mi-temps.

Son temps libre, elle le passe à dénicher des "bonnes combines". Demain, elle va se faire couper les cheveux "gratuitement" par les apprentis coiffeurs de la chambre des métiers. Par pudeur, elle n'a jamais sollicité l'aide de ses amis ni de sa mère.

"J'ai pris le parti de ne pas étaler ma vie dans tout Versailles." Avant de conclure : "Notre niveau social ne nous habitue vraiment pas à ça."

Laure de Charette

* Le prénom a été modifié

En 1985, les cadres gagnaient quatre fois plus que les ouvriers, contre deux fois et demie plus aujourd'hui. Le risque de perdre son emploi a doublé en vingt ans, pour les ouvriers comme pour les cadres. Un ménage sur deux vit avec moins de 1 800 euros par mois. Selon l'Insee, en 2005, un couple avec deux enfants âgés de 14 ans ou moins est considéré comme pauvre lorsqu'il gagne moins de 1 613 euros par mois.