«Délais, attributions... le système est inéquitable»

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Laurent Wauquiez Député UMP (Haute-Loire)

Vous avez terminé votre diagnostic sur les aides sociales aux étudiants

Quel constat global faites-vous ? Il faut déjà savoir que les aides sociales aux étudiants fonctionnent sur des textes archaïques, un décret de 1919 incompréhensible et un autre de 1947

Il existe une centaine de bourses différentes et une trentaine d'acteurs qui peuvent intervenir sur un dossier

Les étudiants se plaignent notamment du délai de versement des bourses

C'est un des principaux problèmes

Les aides sont souvent versées début novembre alors que l'année universitaire commence de plus en plus tôt

Certaines aides attribuées par les régions arrivent encore plus tardivement

La palme revient à la région Poitou-Charentes qui verse les aides en avril

Résultat, les étudiants commencent en étant obsédés par les difficultés financières et ils ratent leur année

Quel est le parcours type du boursier ? En avril, l'étudiant va dans une université pour voir s'il a droit à une bourse

On lui dit d'aller au Crous

Là-bas, on lui dit qu'il doit être d'abord inscrit dans une université avant de faire sa demande

A l'université, on lui dit que pour s'inscrire, il faut savoir s'il a une bourse ou non

Et l'étudiant est ballotté durant plusieurs mois

Y a-t-il d'autres causes à de tels délais ? Les logiciels de traitement ne sont pas les mêmes entre les différentes administrations qui traitent le dossier : le Crous, les rectorats et le trésorier-payeur général

Les gens du Crous font un boulot formidable mais malgré cela, les délais de traitement ne peuvent pas tomber en dessous de six mois

En Allemagne, ce délai est d'un mois et en Suède, tout se fait par Internet

Comment jugez-vous l'attribution de ces aides ? Il y a des effets de seuil en fonction des revenus ou de l'endroit où l'on fait ses études qui sont des couperets

Ce système est inéquitable

De plus, les collectivités locales bricolent des aides chacune de leur côté, avec des arrière-pensées électoralistes

Cela pose un problème d'équité et d'égalité des chances : selon les régions, on n'a pas droit aux mêmes aides

Les étudiants sont très attachés à l'aide au logement

Oui, sauf que là aussi, il y a des problèmes

Cette aide n'est pas calculée en fonction du revenu des parents, ni en fonction du prix de l'immobilier, mais en fonction des revenus de l'étudiant

Cela donne des disparités importantes

Par exemple, elle est faible à Paris, Lyon ou Marseille, et intéressante à Poitiers ou à Saint-Etienne

Qui sont les plus touchés ? Les classes moyennes

Elles souffrent d'une forme de double peine

Elles ne gagnent pas assez pour financer les études de leurs enfants et trop pour avoir droit aux aides

Résultat, les enfants doivent travailler à côté de leurs études et ces revenus font baisser leur aide au logement

Cela génère beaucoup de frustration

Pareil pour les aides fiscales

Plus les familles sont riches, plus elles ont de déductions fiscales grâce à la demi-part qu'elles peuvent déclarer avec un enfant étudiant

C'est injuste

Depuis 1990, le taux d'accès à l'université a baissé de 10 % pour les classes moyennes

Recueilli par David Carzon