«Je ne me suis rendu compte de rien»

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Maggy Mauray, 60 ans, doit rembourser ses dettes, à hauteur de 10 e par jour

Problème, elle ne touche que 14 e d'allocation de solidarité spécifique par jour, en tant que chômeur en fin de droits

Maggy est française d'origine portugaise

Mariée, elle a deux enfants, et cinq petits-enfants, qui vivent tous au Portugal

« Mais je ne suis pas comme toutes les mamies, je ne peux pas leur offrir de cadeaux », explique-t-elle en pleurant

Son tout premier crédit, Maggy l'a souscrit en 1979

Arrivée en France à 34 ans, elle vit d'abord en Bretagne, avant de gagner Paris, où elle habite dans une chambre d'hôtel pendant cinq ans

Jusqu'au jour où elle décroche un poste de serveuse dans un restaurant d'entreprise à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis)

Avec en prime « une très jolie petite maison » que lui trouve son employeur, tout près de son lieu de travail

Elle et son mari sont conquis

Ils devront débourser 800 e chaque mois pour le loyer : pas de problème, « une collègue m'emmène voir un organisme de crédit, juste pour emprunter de quoi meubler la maison et payer la caution

Moi, je ne connaissais même pas ce système

Je ne me suis rendu compte de rien » explique-t-elle

Quelques mois plus tard, elle demande un nouveau prêt, faute de pouvoir assurer les mensualités du premier crédit

Puis viennent les impôts à payer

Nouveau crédit

Puis les intérêts du deuxième crédit

Autre emprunt

C'est l'engrenage

D'autant qu'entre-temps, Maggy est licenciée, après seize ans passés au sein de la même entreprise

Ses revenus chutent considérablement

Elle et son mari, alcoolique, n'ont alors plus que 50 e par mois pour se nourrir

« Même pas de quoi acheter de la viande

» « Mais les organismes de crédit continuaient à me flatter en me disant : “Madame, vous êtes une cliente honnête, prenez cette carte de fidélité qui vous donne accès à de nombreuses facilités

” » En réalité, c'était une carte de paiement déguisée

Résultat : un premier dossier de surendettement déposé à la Banque de France

Par chance, les négociations avec les créanciers aboutissent, et en 2000, elle obtient une baisse de ses mensualités

« J'ai pu respirer un peu, mais ça continuait à m'angoisser la nuit

» Malgré des petits boulots et des remplacements à répétition, elle ne s'en sort pas

Alors qu'elle s'apprête à déposer un deuxième dossier de surendettement, Maggy découvre l'association SOS Famille Emmaüs, qui aide les familles ruinées par les crédits, en leur proposant une avance sur dettes remboursable sans intérêt

Avec son soutien, elle entame une procédure de faillite civile, instituée par la loi Borloo, dite de « rétablissement personnel »

C'est aujourd'hui son dernier espoir

Pour voir toutes ses dettes annulées, Maggy doit prouver qu'elle est insolvable et de bonne foi

« Vous savez, ils m'ont tout pris

J'appelle ça un viol

Mais je ne veux pas tomber encore plus bas

» Laure de Charette