Sommet social: la presse raille Sarkozy, «l'austère qui se cache»

REVUE DE PRESSE Après le sommet social de lundi, la presse dénonce un plan de rigueur qui ne s'assume pas. Certains pointent même le maintien par le gouvernement de mesures coûteuses et peu efficaces pour relancer l'économie...

B.D.

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Nicolas Sarkozy, François Fillon, et Christine Lagarde, lors du sommet social à l'Elysée, le 10 mai 2010.
Nicolas Sarkozy, François Fillon, et Christine Lagarde, lors du sommet social à l'Elysée, le 10 mai 2010. — CHISTOPHE ENA/AP/SIPA

Ce mardi matin, après le sommet social de la veile, dans la grande majorité des éditoriaux en France, l’heure est à la moquerie. La presse raille ouvertement du double langage de Nicolas Sarkozy, qui refuse de parler de rigueur. Ainsi, dans Libération, François Sergent dénonce «la France et son gouvernement, qui jouent avec les mots», alors que l’agenda est à «la rigueur et à l’austérité pour tous» en Europe.

François Martin critique pour sa part dans Le Midi Libre un Nicolas Sarkozy qui «a sorti son habit de funambule. Glissant sur le fil tendu entre promesses et attentes».

Jeux avec les mots

Hervé Cannet, dans La Nouvelle République du Centre ouest, critique, note qu’«En France, il n'est pas question de prononcer le mot "rigueur". Tabou. Verboten.» Et rappelle, moqueur, que «la bonne formule est: "politique responsable"».

Dans Le Progrès, Francis Brochet dénonce en «Nicolas Sarkozy l'austère qui se cache». Un leurre pour l’éditorialiste: «C'est vrai, notre Président n'augmente pas les impôts: il se contente de supprimer des baisses d'impôts et des exonérations de charges. Cela n'a évidemment rien à voir - sauf peut-être pour le contribuable, peu en capacité d'apprécier ces subtilités d'inspecteur des Finances.» Et de railler: «Le seul souci, c'est que si notre Président se résout à prononcer un jour le mot "rigueur", il faudra alors vraiment craindre le pire.»

Les mesures conservées, coûteuses et peu efficaces

Pour Patrick Fluckiger, dans L'Alsace, l’incompréhensible ne se situe pas tant au niveau sémantique qu’au niveau politique. Dans un contexte de rigueur budgétaire pour tous les pays de la zone euro, «on comprend d'autant moins que le gouvernement s'accroche, envers et malgré tout, à des mesures dont l'abolition ferait la quasi-unanimité dans le monde syndical», écrit-il. Et de citer la défiscalisation des heures supplémentaires, qui coûte plus de 4 milliards par an à l’Etat ou la loi Tepa «qui n'a pas aidé le patient français à se relever, tout en lui coûtant très cher». «Voilà un médicament dont le malade pourrait se passer», conclut-il.

Dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Olivier Picard lui aussi appuie-là où ça fait mal: «La multiplication des ministères et secrétariats d’Etat, les déplacements en avions privés à 116.000 euros le voyage, les gaspillages des campagnes de vaccination mal préparées, il faudra oublier». Ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence par soi-même?