Extrême droite et intégristes: la justice prend le relais des «Infiltrés»

POLEMIQUE Le parquet de Bordeaux a ouvert ce vendredi une enquête préliminaire après la diffusion dans l'émission de France 2 de propos racistes et antisémites...

Avec agence

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Capture d'écran Les infiltrés.

De l'indignation à l'action judiciaire. Après la diffusion de propos ouvertement racistes et antisémites dans «A la droite du père», le reportage des «Infiltrés» diffusé mardi soir par France 2 sur les milieux intégristes et d'extrême droite bordelais, le parquet de Bordeaux a décidé ce vendredi d'ouvrir une enquête préliminaire. Le reportage est «révélateur d'agissements susceptibles d'incriminations pénales», relève le parquet.

L'enquête, produite par l'agence Capa, «infiltre» un groupuscule d‚extrême droite Dies Irae, composé d'environ 150 personnes, dirigé par un ancien militant du Front national, Fabrice Sorlin. Interrogés en caméras cachés, les militants tiennent des propos violemment anti-juifs, anti-arabes et anti-noirs, liant leur haine à la défense de la chrétienté. Les journalistes de Capa ont réussi à faire le lien avec le milieu catholique intégriste bordelais, notamment l'Institut Bon Pasteur, où officie l'abbé Philippe Laguérie, ancien curé de l'église traditionaliste parisienne Saint-Nicolas du Chardonnet, prêchant désormais dans l'église bordelaise Saint-Eloi.

Un proche de cet institut gère également l'école privée hors contrat «Saint-Projet», où le journaliste a été témoin de discours et de chants antisémites, tant du corps professoral que des élèves. Alerté, l'Académie a diligenté une inspection en mars qui a mis en lumière «un certain nombre d'insuffisances graves», notamment concernant les enseignements d'histoire et de sciences, a indiqué le recteur d'académie, Jean-Louis Nembrini qui, «en tant que citoyen», s'est déclaré «horrifié» par les propos entendus dans le reportage.

Plainte contre plainte?


Evidemment, la diffusion de ce reportage choc a entraîné un flot de réactions. L'abbé Laguérie a dénoncé un «amalgame odieux» entre «des fous furieux racistes et antisémites» qu'il «ne connaît pas» et sa paroisse. Il admet juste connaître à «titre personnel» Fabrice Sorlin, le fondateur de Dies Irae. Sur un blog, Dies Irae a estimé que «le but» de ce reportage était «de salir encore une fois l'Eglise catholique tout en stigmatisant la mouvance traditionnelle». Thomas Rivière, le président du Bon Pasteur, a annoncé dans Sud-Ouest, avoir déposé plainte contre France 2. «Nous sommes les victimes d'un amalgame écoeurant. Les paroles reproduites ont été tronquées ou le plus souvent sorties de leur contexte. On ne peut pas laisser passer sans réagir le viol de notre établissement. L'image donnée par France 2 est une tromperie», déclare-t-il.

«Les Infiltrés» pourraient, de leur côté, porter plainte contre le journal d'extrême droite Minute, qui a diffusé la semaine dernière la photo du journaliste ayant réalisé le reportage. «Leur réaction ressemble à une sorte de chasse à l'homme organisée, à un appel à la vengeance. Je trouve cela minable, dramatique et irresponsable de la part de ce journal», a témoigné Laurent Richard, le rédacteur en chef, dans la lettre Média+.

Quant à Alain Juppé, qui avait en 2002 laissé la jouissance de l'église Saint-Eloi aux traditionalistes, il a été interpellé en début de semaine par le conseil municipal. Mercredi, le  maire (UMP) de Bordeaux a demandé par courrier au préfet et au recteur d'académie des «poursuites judiciaires (...) une fois les faits avérés».