Malversations: Pasqua contre-attaque à la veille du verdict

JUSTICE L'ex-Ministre a estimé ce mercredi que les dix jours de procès n'avaient pas suffi à le mettre en cause...

Vincent Vantighem

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Charles Pasqua, au premier jour de son procès pour corruption, le 19 avril 2010 au palais de Justice de Paris.
Charles Pasqua, au premier jour de son procès pour corruption, le 19 avril 2010 au palais de Justice de Paris. — T.COEX/AFP

On les appelle les témoins de moralité. A la fin d’un procès, ils sont chargés par les avocats de la défense de faire connaître aux juges les «facettes les moins connues du prévenu». Les plus louables, surtout.

Tour à tour, ils ont décrit, ce mercredi, un Charles Pasqua «humaniste, finançant un hôpital au Liban», «bienveillant, accordant des chèques-restaurants aux salariés du conseil général des Hauts-de-Seine» et même «à l’écoute des malheurs des enfants séropositifs en fin de vie» de la région parisienne.

Sourires amusés et regards émus

Mais c’est pour trois affaires de malversations financières que l’ancien ministre de l’Intérieur comparaît, jusqu’à jeudi soir, devant la cour de justice de la République (CJR). Et comme deux d’entre elles ont déjà été jugées et condamnées par la justice ordinaire, il s’agissait surtout de démontrer que Charles Pasqua n’y était pas mêlé. «J’ai été impressionné par son éthique au niveau des valeurs (sic)», assure son directeur de cabinet de l’époque. «Son seul défaut, c’est peut-être de laisser une trop grande liberté à certains de ses collaborateurs», poursuit son ancienne «plume» à la barre.

Deux mètres derrière, le prévenu Pasqua observe la scène comme s’il regardait son feuilleton télé préféré. Jambes croisées, gobelet d’eau à portée de main, il alterne sourires amusés et regards émus à l’évocation de sa vie qui défile devant lui.

Un monologue offensif d’une heure

Quand, en fin d’après-midi, le président Le Gall lui propose de jouer son propre rôle, il n’hésite pas et improvise un monologue offensif d’une petite heure. «Je me pose une question, assène-t-il aux juges qui lui font face. Est-ce le procès de Charles Pasqua? Jusqu’ici, je n’ai pas entendu une question le mettant en cause. J’ai plus l’impression que c’est le procès de l’environnement [de Pasqua, ndlr], le procès de la rumeur...»

Il lui faut tout de même ouvrir la pochette bleue sise sur le pupitre pour critiquer l’avocat général et démonter «l’instruction à charge». Une fois le dossier refermé, il retrouve son verbe et sa verve. «Si vous considérez que je suis un pourri, alors condamnez-moi! Faites-le! N’hésitez pas!, tonne-t-il aux parlementaires qui doivent le juger. Moi, je vous regarde droit dans les yeux. Et j’ai la faiblesse de penser que vous me connaissez mieux que ça...» Il le saura vendredi midi, à l’énoncé du verdict.