Conductrice voilée: emballement politique pour une prune

POLITIQUE Le débat sur le voile intégral et la polygamie relancé...

Charlotte Mannevy

— 

Le Nantais accuse de polygamie par Brice Hortefeux aux cotes de sa femme, samedi.
Le Nantais accuse de polygamie par Brice Hortefeux aux cotes de sa femme, samedi. — A. JOCARD / AFP

Une contestation de PV devenue une affaire d'Etat, au point que François Fillon a changé son agenda. Après un week-end où droite et gauche se sont écharpées sur l'interdiction du voile intégral et la polygamie, le Premier ministre réunit en urgence ce lundi matin des représentants du Conseil français du culte musulman et la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie.

C'est un autre ministre, Brice Hortefeux, qui a mis le feu aux poudres vendredi en demandant à son collègue de l'Immigration, Eric Besson, d'étudier une éventuelle déchéance de la nationalité française d'un homme, conjoint d'une jeune femme verbalisée début avril à Nantes pour avoir conduit en niqab. «H.L», comme il se présente lui-même, est soupçonné par Brice Hortefeux d'être polygame – il aurait quatre femmes toutes voilées et douze enfants, selon le ministre – et de fraude aux aides sociales (ses femmes ou concubines percevraient l'aide pour parent isolé). En outre, il appartiendrait à une mouvance radicale, le «Tabligh».

Les accusations de Brice Hortefeux pas confirmées

Ces informations n'ont pas été confirmées par le procureur de Nantes, qui a indiqué qu'aucune plainte d'organismes sociaux n'avait été déposée. A l'UMP, où la décision du gouvernement de présenter un texte d'interdiction générale du voile intégral avant l'été, malgré les réserves du Conseil d'Etat, ne fait pas l'unanimité, «l'affaire» a été vue comme l'opportunité de démontrer le lien entre niqab et violences faites aux femmes. «Ce qu'a dit Brice Hortefeux est frappé au coin du bon sens et rappelle qu'en France, il y a des droits et des devoirs», a ainsi jugé samedi le patron de l'UMP, Xavier Bertrand. «Il a eu raison de mettre les pieds dans le plat», a renchéri dimanche, Jean-François Copé.

La gauche dénonce, elle, une polémique opportuniste: le maire socialiste de Nantes assure que les services sociaux étaient au courant depuis longtemps de la situation de cette famille. «Pourquoi feint-on aujourd'hui de la découvrir?», s'interroge Jean-Marc Ayrault.

>> En raison des débordements systématiques sur ce type de sujet, l'article est fermé aux commentaires. Merci de votre compréhension.

NATIONALITÉ

La polygamie ne constitue pas en soi un délit permettant de déchoir une personne de sa nationalité. Si les accusations de Brice Hortefeux se révélaient vraies, le Nantais accusé de polygamie pourrait toutefois perdre sa nationalité, à condition que sa situation ait précédée sa naturalisation, en 1999, car il l'aurait alors obtenu «par mensonge ou par fraude». En effet, seules les personnes naturalisées peuvent perdre leur nationalité.