Maisons détruites après Xynthia: «L'impression d'un paradis perdu et d'avoir investi pour rien»

INTERVIEW Christian Navarre, psychiatre et auteur de «Psy des catastrophes: dix ans auprès des victimes» catastrophes : dix années auprès des victimes (Editions Imago, 2007). Quelles sont les réactions prévisibles des personnes apprenant la destruction p...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Christian Navarre, psychiatre.
Christian Navarre, psychiatre. — DR

Quelles sont les réactions prévisibles des personnes apprenant la destruction prochaine de leur maison?

Elles le vivront comme une double peine, car non seulement elles ont été victimes de la tempête, mais elles vont aussi perdre leur logement. D'où un sentiment d'injustice et de révolte, qui peut les amener à ruminer les événements, à faire des cauchemars et à être très angoissées. Avec un risque de décompensation sur un mode dépressif. Certaines auront même envie d'en finir. D'autres feront acte de rébellion, en refusant de partir.

Quelles sont celles qui risquent d'être les plus fragilisées par la situation?

Les personnes âgées et celles installées depuis longtemps dans leur région. Elles perdront un important repère de leur vie, le lieu où elles se sont construites. Leurs souvenirs disparaissant avec leur maison, elles auront l'impression d'un paradis perdu et d'avoir investi pendant des années pour rien. Difficile de trouver un ailleurs.

Auront-elles tendance à fuir la région ensuite?

Certaines personnes développeront en effet une phobie de l'eau qui les fera s'éloigner de la mer.

L'aide des cellules médico-psychologiques sera-t-elle efficace?

Leur fonction est généralement d'accompagner les victimes juste après une catastrophe. Or là, on leur demande de prévenir les comportements autodestructeurs de personnes qui vont perdre leur logement. Pas évident. Je recommanderai donc aux victimes d'avoir recours en plus à leur médecin traitant et de participer à des groupes de parole.

>> Notre reportage sur la colère des sinistrés de l'Aiguillon-sur-Mer est par là