Sodimatex: négociations tendues entre la direction et les salariés

SOCIAL Les salariés menacent toujours de faire sauter leur usine...

O.R avec agence

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Deux feux ont été allumés par les salariés de l'usine Sodimatex à Crépy-en-Valois le 2 avril 2010.
Deux feux ont été allumés par les salariés de l'usine Sodimatex à Crépy-en-Valois le 2 avril 2010. — LIONEL BONAVENTURE/AFP

Les salariés de l'usine Sodimatex de Crépy-en-Valois (Oise), qui menacent de faire exploser une citerne de gaz pour réclamer de meilleures indemnités de licenciement, poursuivaient des négociations sous haute tension avec leur direction vendredi soir.

Après avoir quitté très en colère la table des négociations peu avant 20h, les salariés ont décidé de reprendre les discussions vers 22h pour tenter de trouver un accord améliorant les conditions de départ des 92 salariés du site, dont la fermeture est programmée depuis un an.

Prime de 21.000 euros

Les salariés réclament notamment une prime extra-légale de licenciement de 21.000 euros, semblable à ce qu'avaient touché leurs collègues d'une autre usine Sodimatex fermée en 2006. «Il y a un semblant d'accord sur les indemnités», a indiqué le premier adjoint au maire de Crépy-en-Valois, Bruno Fortier. Selon lui, les négociations achoppent sur l'identité de la personne chargée de contrôler les comptes de l'entreprise.

Les salariés exigent la nomination d'un expert indépendant pour vérifier la solvabilité de la société et sa capacité à verser les indemnités réclamées. La direction de Sodimatex veut imposer son propre commissaire aux comptes, a-t-il expliqué.

Cocktails molotov autour d'une citerne de gaz


Après avoir passé la nuit de jeudi à vendredi dans leur usine, les salariés de l'équipementier automobile menacent de faire exploser leur usine. Ils avaient placé ce vendredi matin des cocktails molotov autour d'une citerne de gaz.

«On attend de vraies mesures, on veut pouvoir changer de métier et se reconvertir. Si on revient sans, c'est la catastrophe», avait déclaré à la presse, avant la réunion, Eric Lemoine, de la CFDT. «On va faire évacuer et faire péter la baraque, les gens sont déterminés. C'est con mais c'est comme ça», avait-t-il averti.

«Si ça pète, ça soufflera pas que l'usine»

«Même si on leur dit de ne pas le faire (d'allumer la citerne, ndlr), il y en a qui sont ingérables», avait quant à lui expliqué Gérard Decleir, syndicaliste FO. Selon des salariés, la citerne, dont le gaz sert à faire fonctionner les chariots élévateurs, a été approvionnée il y a peu. «Si ça pète, ça soufflera pas que l'usine. Tant pis, s'ils veulent en arriver là», affirmaient-ils.

Les salariés faisaient brûler vendredi des balles de fibres de plastique et des rouleaux de moquette à l'extérieur de l'usine qui dégageaient d'impressionnants panaches de fumée noire. Déterminés à ne pas se laisser «attaquer», certains ont placé sur le toit de l'usine des cocktails molotov, preuve de leur «détermination».

55 millions d'aide de l'Etat

Depuis un an, les négociations sur le plan social entre la direction et les salariés ont échoué, malgré une médiation de l'Etat. Les représentants des salariés ont été reçus début février à l'Elysée par un conseiller du chef de l'Etat, selon Eric Lemoine. «Il devait nous donner des nouvelles. On attend toujours», a-t-il déploré. Outre la prime de 21.000 euros, les salariés de Sodimatex réclament également neuf mois de congé de reclassement alors que la direction en propose quatre.

Selon Eric Lemoine, de la CFDT, le groupe Trèves, propriétaire de Sodimatex, a touché 55 millions d'euros de l'Etat dans le cadre du plan d'aide aux équipementiers automobiles. «Aujourd'hui, on veut laisser les salariés partir avec le minimum légal», a-t-il dénoncé. Xavier Mathieu, le leader CGT des salariés de l'usine Continental de Clairoix (Oise), est venu apporter son soutien jeudi soir «à des frères de lutte».

Du «chantage»

Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a condamné vendredi après-midi «l'attitude inacceptable d'une minorité», appelant l'ensemble des parties à une réunion de conciliation mardi prochain. De son côté, le secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu a dénoncé sur I-Télé le «chantage» exercé par les salariés de Sodimatex: «Je n'ai jamais compris le chantage dans le dialogue social. C'est totalement contradictoire!»

«Il y a en France des tribunaux qui sont là pour arbitrer entre des syndicalistes et des salariés qui ne sont pas contents, et des patrons qui ne font pas respecter le dialogue social», a-t-il fait valoir. «Ca, c'est le droit. Ça, c'est la France. Ça, c'est une démocratie. Mais dire: "je vais faire sauter (l'usine) si j'ai pas mes 20.000 euros", ce n'est pas une démocratie», a ajouté Benoist Apparu.

«Autant je peux comprendre qu'un salarié soit exaspéré (...) de perdre son boulot, par contre je trouve inacceptable qu'un syndicaliste quel qu'il soit dise tranquillement à la télévision: "j'ai 5.000 litres de gaz, je fais péter, il y a des gens autour, mais je ne suis pas responsable"», a conclu le secrétaire d'Etat.