Des spécialistes du climat lancent un appel contre Claude Allègre

CLIMAT Des chercheurs dénoncent les accusations de l'ancien ministre et demandent à Valérie Pécresse d'intervernir…

E.O.

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Claude Allègre reçu à Matignon le 24 septembre 2007
Claude Allègre reçu à Matignon le 24 septembre 2007 — CHESNOT/SIPA

Claude Allègre fait monter la température chez les climatologues. Alors que son essai L’imposture climatique ou la fausse écologie (ed. Plon) connaît un succès de librairie – 120.000 exemplaires écoulés depuis le 16 février – plus de 400 scientifiques ont enjoint mercredi Valérie Pécresse de le désavouer publiquement.

Dans un appel, les experts ont demandé à la ministre de la recherche, «l’expression publique de sa confiance vis-à-vis de leur intégrité et du sérieux de leur travaux», face aux attaques dont ils se sentent victimes de la part, entre autres, de Claude Allègre. «Depuis plusieurs mois, des scientifiques reconnus dans leur domaine respectif dénigrent les sciences du climat et de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique» affirment les chercheurs. Ils visent particulièrement l’ancien ministre de l’éducation, médaillé d’or du CNRS en 1994, et le directeur de l’Institut de physique du Globe de Paris, Vincent Courtillot, auteur de  Nouveau Voyage au centre de la Terre (ed. Odile Jacob).

Attaque et contre-attaque

Dans L’imposture climatique, Claude Allègre conteste un nombre de thèses scientifiques sur l’évolution du climat. Il accuse également les chercheurs d’avoir mis en place un système «mafieux» et «totalitaire» pour diffuser leurs théories.

Les signataires de l’appel sont tous des scientifiques travaillant dans différents domaines liés aux questions climatiques : géographie, hydrologie, géochimie, océanographie… Ils estiment que les ouvrages d’Allègre et de Courtillot contiennent «des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement climatique» ainsi que « de nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques». Les scientifiques dénoncent également des «attaques qui mettent en cause la qualité et la solidité de [leur] travaux de recherche, observations, études de processus, outils de modélisation, qui contribuent à une expertise nécessairement internationale.»

Pécresse préconise le débat

Dans un entretien à l’AFP ce jeudi, Valérie Pécresse a assuré que «l’action politique du gouvernement témoigne de sa confiance dans la démarche scientifiques des climatologues.» Mais la ministre a refusé de prendre position sur le fond, préférant demander au président de l’académie des Sciences, Jean Salençon, d’organiser un débat sur les questions climatiques.

«Ca ne peut pas être la ministre de la recherche qui tranche entre la fiabilité des données d’Allègre et celles des climatologues» a poursuivi Valérie Pécresse.

Le principal intéressé a quant à lui réagi dans les colonnes de Libération, qualifiant l’appel des scientifiques de «pétition nulle et stupide.»  Pour Claude Allègre, «c’est une réaction bête (…) de gens qui voient que mes idées gagnent du terrain et qui s’affolent. Ils ont gaspillé beaucoup d’argent public et ont peur de perdre des moyens, peur de perdre leur job.»