Total coupable, pas responsable

Maxime Terracol

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Dix ans après le naufrage de l'Erika

, la cour d'appel a condamné, hier, Total et ses coprévenus en portant de 192,5 à 200,6 millions d'euros les indemnités à verser aux collectivités et associations. Le motif est clair. « Le naufrage de l'Erika est la conséquence directe d'une grave corrosion en relation avec l'insuffisance d'entretien du navire », a estimé le président de la cour.

Mais l'arrêt a aussi étonné. En effet, la cour a choisi de ne plus faire payer les dommages et intérêts à Total, au motif que la société pétrolière n'était pas responsable civilement des dégâts provoqués. « D'une certaine façon, la cour a dit que Total a été imprudent, mais pas téméraire », raille Jean-Pierre Mignard, l'avocat des collectivités.

Dans le camp adverse, on agite un autre argument : « La cour dit que Total a fait une erreur dans l'inspection du navire, une erreur insuffisante pour entraîner sa responsabilité civile au regard des conventions internationales. » Bilan, c'est l'armateur et l'organisme de contrôle maritime Rina, deux autres prévenus, qui vont devoir payer le reste de l'addition, plus de 30 millions d'euros [Total ayant déjà versé 170 millions d'euros].

Ce procès restera aussi marqué par la reconnaissance d'un préjudice écologique. « Dans la première procédure, il y avait des doutes sur ce préjudice, aujourd'hui il est clairement avéré. C'est formidable ! », a commenté Allain Bougrain-Dubourg (LPO). Le feuilleton Erika ne devrait pas s'arrêter là car l'agence Rina a annoncé son pourvoi en cassation. W