Les «oreilles» de l’Elysée au tribunal

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Qu’on se le dise, Carole Bouquet aurait porté atteinte à la sécurité nationale dans les années 1980. La comédienne fait partie des centaines de personnalités écoutées illégalement par la cellule antiterroriste de l’Elysée lors du premier septennat de François Mitterrand. Le procès des « écoutes de l’Elysée » s’ouvre aujourd’hui à Paris, avec douze prévenus, et devrait durer jusqu’à la mi-février 2005. La cellule antiterroriste avait été créée après l’attentat de la rue des Rosiers, à Paris, en 1982. Officiellement, elle devait « faire reculer le terrorisme partout où il se terre ». En réalité, cette officine a surtout cherché à étouffer des affaires compromettant le pouvoir et des secrets privés du président Mitterrand. Deux personnalités ont été particulièrement surveillées : le journaliste Edwy Plenel, aujourd’hui directeur de la rédaction du Monde, qui enquêtait alors sur des dossiers mettant en cause l’Elysée ; et l’écrivain Jean-Edern Hallier, mort en 1997, qui menaçait de révéler l’existence de Mazarine, la fille cachée de Mitterrand. D’autres personnages publics, plus hétéroclites, ont été visés, de Carole Bouquet à Paul-Loup Sulitzer. Parmi les douze prévenus poursuivis pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » – délit pouvant entraîner jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende – figurent notamment Gilles Ménage, ex-directeur adjoint de cabinet du Président, et Christian Prouteau, ancien patron du GIGN, en charge directe de la cellule. Tous deux se sont longtemps réfugiés derrière le secret-défense, et affirment désormais avoir agi sur ordre présidentiel. Egalement poursuivi, Paul Barril, ex-membre de la cellule, au centre du scandale des « Irlandais de Vincennes » – l’arrestation de prétendus dangereux terroristes en 1982 qui se révélera une manipulation de sa part.B. B. (avec AFP)

contrôle Depuis une loi de 1991, Matignon peut autoriser « à titre exceptionnel » les écoutes administratives, après l’avis d’une commission indépendante.