Procès Viguier: le verdict est tombé

JUSTICE Jacques Viguier a été acquitté...

Avec agence

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F.LANCELOT / SIPA

Dernière info à 17h30: Les délibérations sont terminées, le verdict est par ici

Il sera fixé sur son sort aujourd’hui. Le verdict est attendu cet après-midi pour Jacques Viguier, professeur de droit public brillant, séducteur invétéré, poursuivi pour le meurtre de sa femme Suzanne disparue depuis 10 ans. Le corps n'a jamais été retrouvé. Il a toujours clamé son innocence et affiche désormais la tête d’un homme souffrant d’une profonde dépression. De 15 à 20 ans de prison ont été requis contre lui.

Acquitté par la cour d'assises en avril 2009 à Toulouse, Jacques Viguier, 52 ans et père de trois enfants, a montré le plus souvent un visage fermé, les traits marqués, sur le banc des accusés, pendant les trois semaines de son procès en appel devant les assises du Tarn.

 

Admiration de ses collègues

Fils d'un intendant et d'une institutrice, Jacques Viguier vole de succès en succès. Ecolier modèle, il saute deux classes au primaire. Adolescent, il nage beaucoup et décroche une dixième place en championnat de France, à la brasse, du fait de sa petite taille (un mètre 70).

Il choisit le droit plutôt que les lettres sur les conseils de ses parents, devient agrégé à 32 ans dès sa première tentative et se classe troisième au niveau national.

Jacques Viguier donne ses cours sans notes devant des amphithéâtres combles, faisant l'admiration de ses collègues.

 

Un séducteur

Il aime jouer aux cartes et se passionne pour le cinéma, notamment les westerns, les comédies musicales et les polars. Originaire d'Ariège, il aime y retourner pour chasser l'isard, le chamois des Pyrénées.

La faculté de droit de Toulouse, dont il est aujourd'hui le vice-doyen, est son autre terrain de chasse. Il reconnaît y avoir séduit une dizaine d'étudiantes. Au moment de la disparition de son épouse, il avait trois maîtresses.

Il rencontre son épouse à l'université en 1985, alors qu'il est chargé de travaux dirigés. Lors d'un apéritif de fin d'examens, elle l'asperge de champagne comme le font les pilotes à la fin des courses automobiles. «Une rencontre pétillante», se souvient-il avec humour devant la cour d'assises à Albi.

 

L'ombre de lui-même

Ceux qui le connaissent intimement disent que depuis la disparition de sa femme, il est devenu l'ombre de lui-même. Sa fille Clémence, 20 ans, enrage et lui reproche de ne pas se défendre face à la justice qui voit en lui un meurtrier.

Combatif et loquace au début du procès, il apparaît rapidement passif voire amorphe, assistant en spectateur à son procès, comme en première instance, quand il était assommé par les anti-dépresseurs.

Les experts psychiatres ont déterminé que Jacques Viguier souffrait depuis 2003 de «bipolarité», «des troubles dépressifs suivis d'épisodes à l'humeur plus exaltée».

 

Opposé au divorce

Il faut que la demi-soeur de Suzanne s'approche à un mètre de lui et lui crie dans les oreilles : «Tu l'as tuée», pour qu'il réagisse et se défende. «Je ne l'ai pas tuée, je veux que tout le monde sache que je ne l'ai pas tuée», riposte-t-il alors.

Initialement opposé au divorce, il s'était fait à cette idée. Le couple était séparé de fait, sa femme, âgée de 38 ans, faisait chambre à part et avait un amant depuis 18 mois. Elle devait entamer une procédure de divorce le lendemain de la disparition et l'accusation estime que c'est le mobile du crime.

Le professeur aux cheveux grisonnants affirme n'avoir appris que pendant sa garde à vue qu'Olivier Durandet était l'amant de Suzanne.

 

Avocat en prison

On lui reproche de ne pas s'être inquiété de la disparition, alors que l'amant multipliait les appels de détresse.

«Il ne montre pas ce qu'il ressent, car on ne le lui pas appris», dit l'un de ses avocats, Jacques Levy, au sujet de ce fils unique, qui ne donne pas aux policiers son numéro de portable quand il déclare la disparition de son épouse.

Toujours professionnel, pendant ses neuf mois de détention provisoire, de mai 2000 à février 2001, il fait office de conseiller juridique pour ses co-détenus.