Sextuple infanticide de Valognes: L'accusée avait «peur de tout et de tout le monde»

JUSTICE Céline Lesage s'est confiée devant la cour d'assises...

Avec agence

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«J'avais peur de tout et de tout le monde»: c'est ainsi que s'est présentée Céline Lesage, 38 ans, petite jeune femme brune apparemment sans histoires qui comparaît depuis lundi à Coutances devant la cour d'assises de la Manche pour avoir tué six de ses nouveau-nés entre 2000 et 2007.

«Introvertie» et «très pudique» selon un expert entendu par la cour, cette mère d'un adolescent de 13 ans va pourtant devoir s'expliquer sur les raisons qui l'ont poussée à étouffer ou étrangler ses six bébés et à cacher leurs corps dans des sacs poubelle dans la cave de ses deux domiciles successifs à Valognes (Manche).

C'est Luc Margueritte, le père du sixième bébé tué, avec qui elle vivait alors, qui les a découverts en 2007 par hasard, intrigués par l'odeur nauséabonde qui se dégageait des lieux. Celui-ci s'est porté partie civile au procès, à l'instar de l'association Enfance et partage.

«Je sais pas, c'était irrationnel»

Au procès «je déballerai tout», avait assuré l'accusée dans une lettre envoyée à son père depuis son lieu de détention, citée par le président de la cour, Hervé Locu. Pourtant, aux questions sur la dissimulation de sa première grossesse en 1996 et des six suivantes, de la peur que lui inspirait Pascal Catherine, avec qui elle a eu son fils et les cinq premiers bébés tués, elle répond: «Je sais pas, c'était irrationnel».

Née dans une famille sans problème apparent, d'une mère comptable «aimante» et d'un père syndicaliste «souvent absent», cette femme «de bon niveau intellectuel» selon l'expert a indiqué s'être sentie «seule» toute sa vie, prise dans une situation d'«enfermement». Elle parle d'«engrenage» après le premier meurtre.

«Ca fait deux ans que je me suis rendue compte que j'avais du monde autour de moi», sanglote-t-elle. Comme avec sa famille, la communication avec Pascal Catherine, son premier ex-compagnon, très pris par son travail et lui aussi «trop souvent absent», fut problématique. «J'ai toujours tout gardé pour moi, depuis toute petite. (...) Je n'arrive pas à tirer le signal d'alarme», précise l'accusée, le visage rougi par les larmes.

«Je reconnais les faits»


Bénéficiant en prison d'un suivi psychologique, elle dit avoir pu y «apprendre à (s)'ouvrir, à (se) connaître». «Ca m'a apporté des réponses... et beaucoup de questions», ajoute-t-elle. «Mais je n'ai pas vraiment progressé sur le fond de l'histoire», note-t-elle.

«Je reconnais les faits», avait-elle pourtant assuré au début de l'audience. «Les bébés étaient-ils vivants au moment des faits?», demande le président Locu. «Je ne peux pas vous répondre» puis, après un silence, «Oui, Monsieur le président».

Concernant notamment le premier accouchement, elle indique en sanglotant: «C'était pas un bébé, c'était rien, c'est horrible à dire, mais c'était rien! Je ne le sentais pas comme j'ai senti William», son fils de 13 ans. «Lui, je l'ai imaginé, les autres non», a-t-elle ajouté. Pourquoi avoir tué ces bébés? «J'avais peur de la réaction de Pascal, je pensais qu'il ne voulait pas d'un deuxième enfant», dit-elle.

Verdict le 18 mars

Pascal Catherine, 39 ans, est appelé à témoigner mardi après-midi. Il a bénéficié d'un non-lieu après avoir été mis en examen en 2007 pour «non-dénonciation de crimes et recel de cadavres», ayant eu conscience que son ex-compagne était enceinte.

Le verdict est attendu le 18 mars. Céline Lesage encourt la réclusion criminelle à perpétuité.