Le PS se lance dans de difficiles tractations à gauche

POLITIQUE S'il veut transformer l'essai de dimanche soir, le parti de Martine Aubry doit réussir à fusionner avec ses alliés, Europe Ecologie en tête...

Bérénice Dubuc

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Claude Bartolone (G) et François Lamy, négociateurs du PS, font une pause lors des tractations avec Europe Ecologie pour des listes communes au second tour, au siège du Parti Socialiste, rue de Solférino à Paris, le 15 mars 2010.
Claude Bartolone (G) et François Lamy, négociateurs du PS, font une pause lors des tractations avec Europe Ecologie pour des listes communes au second tour, au siège du Parti Socialiste, rue de Solférino à Paris, le 15 mars 2010. — THOMAS COEX / AFP PHOTO

Après le temps des réjouissances, vient celui des tractations. Maintenant que les résultats du 1er tour l’ont propulsé en tête du scrutin, le PS a pour unique objectif de réussir la fusion de ses listes avec celles de ses alliés à gauche, pour remporter le grand chelem. Les socialistes ont donc engagé, dès dimanche soir, des négociations avec leurs partenaires.

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Avec Europe Ecologie (EE)

Ce que veulent les écologistes

Martine Aubry s'est prononcée ce lundi pour des listes de rassemblement de gauche au second tour constituées «à la proportionnelle». Mais, si les écologistes sont d’accord sur une «proportionnelle stricte», ils ne veulent pas faire tapisserie, et comptent obtenir des vice-présidences (transports, activité économique ou logement), a indiqué Jean-Vincent Placé, numéro deux des Verts. De plus, les écolos ont d’ores et déjà prévenu que si les socialistes ne voulaient pas d'Eric Loiselet (Champagne-Ardenne) ou de Pierre Larrouturou (IDF), tous deux ex-PS passés à EE, ce serait la guerre.

Les Verts refusent également d’«être en rupture» avec certaines idées portées lors de la campagne: en Ile-de-France, ils comptent ainsi défendre fermement les propositions sur le Pass Vert à tarif unique, le logement, la conversion écologique de l'économie ou l'agriculture biologique. Dans plusieurs régions, certains dossiers (le nucléaire avec Iter en Paca ou la LGV en Aquitaine) pourraient aussi empoisonner les tractations.

Négociations nationales

Entamées dans la nuit de dimanche à lundi entre 2h30 et 4h, les tractations nationales entre le PS et Europe Ecologie devaient reprendre ce midi. Les négociateurs font le point région par région. Ce comité national a un simple «rôle de régulation» des tractations régionales et veillera à ce que rien n'empêche la conclusion des accords avant mardi 16 mars après-midi.

Points d’achoppement

En Alsace, la nouvelle liste PS-Europe Ecologie devrait être divulguée «dans les grandes lignes», lors d’une conférence de presse à Strasbourg à 16h. En Ile-de-France, «Ca se passe très bien», selon Jean-Vincent Placé. Cécile Duflot a affirmé ce lundi sur France Info qu’elle devrait être tête de liste dans le Val-de-Marne.

Difficultés locales

En Franche-Comté, «les Verts ont claqué la porte des négociations avec le PS à 2h30 cette nuit», apparemment parce qu’Alain Fousseret, chef de file régional, n’aurait pas obtenu la tête de liste dans le Territoire de Belfort.

Autres points de désaccord en Bretagne et en Midi-Pyrénées, où la campagne a causé bien des dégâts, et où les présidents PS sortants, Jean-Yves Le Drian et Martin Malvy, «la jouent trop autonomes» selon les Verts. Problème aussi en Poitou-Charentes, où «Ségolène Royal veut qu'on prenne sur notre quota» les trois Verts qu'elle avait débauchés dès le premier tour, a indiqué Jean-Vincent Placé. Les tractations en Bourgogne et en Champagne-Ardenne seraient également tendues, a indiqué Cécile Duflot ce lundi matin.

En Rhône-Alpes, les tractations se poursuivent au Palais de la mutualité (3e). Mais, si le Front de gauche et le PS jugent l’ambiance de travail sereine, les écologistes restent sur leurs gardes. «Si l’on veut une bonne feuille de route, mieux vaut passer du temps. Une journée, c’est un peu juste», note l’une des têtes de liste EE de la région.

Avec le Front de Gauche

Le PS devrait également tenter de s'entendre avec le Front de gauche (PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon), qui atteint près de 6%. Pierre Laurent, tête de liste Front de gauche en Ile-de-France, veut également une proportionnelle stricte. Marie-George Buffet a indiqué que, pour le second tour, la seule demande du Front de Gauche était «la représentation des listes», pour pouvoir porter «les propositions du Front de Gauche».

Les discussions pourraient durer jusqu'à mardi midi, selon les Verts. La date limite de dépôt des listes est mardi à 18h. Et, après ces difficiles négociations, la campagne, commune cette fois, reprendra. Un meeting commun ou une «initiative commune» au Zénith de Paris auraient été évoqués pour jeudi soir.