Crise dans les CAF: «N'attendons pas que la situation soit totalement dégradée pour réagir»

INTERVIEW Jean-Louis Deroussen est président du conseil d'administration de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf)...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Jean-Louis Deroussen, l'actuel président du conseil d'administration de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf), à Paris, le 3 janvier 2006.
Jean-Louis Deroussen, l'actuel président du conseil d'administration de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf), à Paris, le 3 janvier 2006. — IBO/SIPA

Pourquoi avoir envoyé un courrier à Xavier Darcos?

Cette lettre est un courrier d’alerte ultime, au niveau national, mais qui reflète la position des 123 caisses locales. Il y a un mouvement lié à une surcharge de travail dans un nombre significatif de CAF depuis quelque temps déjà. Le conseil d’administration a interpellé très solennellement le ministre car c’est désormais la quasi-totalité des CAF qui est touchée par cette surcharge.

Pourquoi les CAF sont-elles débordées?

Il y a une augmentation du nombre de demandes pour deux raisons. La première c’est la crise. La demande sociale a explosé cette année, avec de plus en plus de personnes concernées par les fermetures d’entreprises, ou par la réduction du temps de travail lié aux difficultés économiques. La seconde, c’est la mise en place du RSA. Nous avons eu le renfort de quelque 1.200 personnes, mais elles doivent être formées. Embauchées en janvier 2009, elles ne seront «opérationnelles» qu’à l’été 2010.

Comment cela se traduit-il concrètement?

La situation est désormais insupportable pour les personnels: nous avons enregistré 40% d’appels en plus sur nos plates-formes téléphoniques, et 20% de visites supplémentaires aux guichets. Normalement, nos stocks (le temps de traitement des dossiers, ndr) sont de 3 jours, aujourd’hui ils sont d’environ 9 jours dans toutes les CAF, et montent jusqu’à 20 jours dans certaines. De plus, le temps d’attente au guichet, qui ne doit pas excéder 20 minutes, est à ce jour en moyenne, à Bobigny, de 4 heures!

>> Retrouvez les témoignages d'agents de la CAF par ici

Quelle serait la solution, selon vous?

De nombreux directeurs ferment les caisses une journée par semaine, parfois une ou deux semaines de suite, pour résorber le retard accumulé. Cependant, ce n’est pas une solution à long terme, et cela donne une très mauvaise image du service public. Il nous faut plus de moyens, et ne pas attendre que les choses s’enveniment. Déjà, nous avons régulièrement des interventions des services de police car les allocataires sont excédés. N’attendons pas que la situation soit totalement dégradée, que les agents soient à bout de souffle, pour réagir.

Le ministre vous a pourtant opposé une fin de non recevoir.

Tout à fait, et nous sommes déçus de sa réaction. Il nous a seulement autorisé à tout faire, avec nos seuls moyens actuels, pour que tout fonctionne. Nous avons trituré notre budget dans tous les sens, et la seule conclusion c’est qu’il nous faut des moyens nouveaux, d’autant plus avec les nouvelles tâches qui vont nous être attribuées d’ici peu. Le ministre ne nous a pas donné de véritable réponse, alors que ce dossier méritait un rendez-vous rapide et des explications plus claires: il doit comprendre que nous touchons des personnes en situation de précarité.