Des prisons déshumanisées

Charlotte Mannevy

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« On a tout sacrifié à la sécurité, on a oublié le reste. » Quand il parle des nouveaux établissements pénitentiaires, Jean-Marie Delarue ne mâche pas ses mots. Dans son rapport annuel dévoilé hier, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté s'est intéressé aux prisons ouvertes depuis 2008, comme celle de Corbas, près de Lyon, qui accueille aujourd'hui plus de 800 détenus. Censée être « la prison de demain, moderne, digne », selon la garde des Sceaux de l'époque, Rachida Dati, celle-ci accumule les avis négatifs tant de la part des prisonniers que du personnel.

Après la visite de trois d'entre elles, le contrôleur se dit aujourd'hui « très pessimiste sur la manière dont ont été conçues ces prisons et sur leur avenir », et demande la limitation des futurs établissements à 150-200 places. « On a multiplié le béton, les grilles de séparation, souligne-t-il. Résultat, un tiers des détenus qui quittent leurs cellules pour un rendez-vous médical ou une activité n'arrivent jamais à destination. » Par manque de personnel pour les escorter dans ces lieux démesurés, l'heure du rendez-vous est bien souvent dépassée alors que le détenu a à peine entamé son parcours. Une situation absurde qui provoque d'autant plus de frustration et de sentiment d'injustice que bon nombre d'activités, comme le travail, sont soumises à l'assiduité, en raison du très faible nombre de places disponibles : au bout de deux absences, le détenu est « déclassé », et retourne à l'ennui de sa cellule. Car le manque d'activités dans les lieux de détention, déjà dénoncé par Jean-Marie Delarue dans son précédent rapport, est toujours plus criant, notamment en raison de la crise économique qui a encore réduit l'offre d'emplois disponibles dans les prisons. Or, sans activité, il n'y pas de réinsertion, soutient le contrôleur : « Quand vous moisissez 22 heures sur 24 heures en cellule, comment voulez-vous vous reconstruire ? » W