Emmanuel Chambaud: «Ce qu'on a gagné en modernité, on l'a perdu en humanité»

TEMOIGNAGE Surveillant et délégué Ufap/Unsa à la maison d'arrêt de Corbas, près de Lyon, Emmanuel Chambaud dénonce la déshumanisation des nouvelles prisons...

E.F. et C.B.

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La nouvelle maison d’arrêt de Corbas, dans le Rhône, est flambant neuve. Mais déjà surpeuplée. Ouvert en mai 2009 pour remplacer les très vétustes prisons de Perrache, à Lyon, l’établissement compte théoriquement 690 places. En réalité, le nombre de détenus accueillis varie plutôt entre 700 et 800.

«Il y a un manque de personnel criant. Les surveillants n’ont pas le temps pour discuter avec les détenus et observer les éventuels changements de comportement», déplore Emmanuel Chambaud, délégué syndical UFAP à Corbas.

Difficile de désamorcer les conflits

En moins d’un an, trois détenus se sont suicidés à la maison d’arrêt de Corbas.
 
«Ce qu’on a gagné en modernité dans les nouvelles maisons d’arrêts comme Corbas, on l’a perdu en humanité, déplore Emmanuel Chambaud. L’humain, les contacts entre personnels et gardés, c’est ce qui nous a toujours permis dans les anciennes prisons de Perrache de désamorcer les conflits naissants».
 
«On pensait que les caméras allait tout régir»

Aujourd’hui, un agent qui devrait avoir en charge 60 détenus en a 90, selon les statistiques du syndicat Ufap. Emmanuel Chambaud dénonce ainsi le nombre important de caméras de vidéosurveillance implantées dans l’établissement qui s’élève à 120.

«On pensait en créant ces nouvelles structures que les caméras et les électro serrures à distance allaient permettre de tout régir. Mais tant qu’on ne comprendra pas que l’humain ne peut pas être remplacé par des caméras on y arrivera pas».