En prison, l'oisiveté est mère de tous les maux

PRISONS Selon le rapport 2009 du contrôleur général des prisons, l’administration pratique le favoritisme pour attribuer les activités sportives aux détenus...

Avec agence

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La prison d'Ensisheim, dans le Haut-Rhin, en décembre 2009.
La prison d'Ensisheim, dans le Haut-Rhin, en décembre 2009. — SAUTIER PHILIPPE/SIPA

L’oisiveté des détenus pointée du doigt. Selon le deuxième rapport annuel du contrôleur général des lieux de privation de liberté, présenté ce mercredi en fin de matinée et disponible jeudi (ici), les activités en détention restent trop souvent réservées à des «favorisés», alors que la loi pénitentiaire de 2009 prévoit une «obligation d'activité» en prison.

L’offre de sport existe mais reste insuffisante. Le régime de faveur permet donc de «distribuer» les activités afin de «gérer au mieux l'établissement». «On retrouve parfois à l'atelier, ou en cuisine, une catégorie de détenus bien précise (ceux issus du grand banditisme par exemple)», relate le rapport.

Au moins une activité par condamné

Jean-Marie Delarue, nommé en juin 2008 pour exercer un contrôle indépendant sur quelque 5.800 lieux d'enfermement (prisons, locaux de garde à vue, dépôts ...), relève notamment de nombreuses listes d'attente pour les activités sportives et une offre de travail «insuffisante» et touchée de plein fouet par la crise économique. Quelque 215 établissements ont été visité depuis deux ans, dont 163 en 2009.

La loi pénitentiaire de 2009 prévoit pourtant que «toute personne condamnée est tenue d'exercer au moins une des activités» proposées, dès lors qu'elle a «pour finalité la réinsertion» et lui est adaptée.

Des transformations nécessaires

Le rapport souligne que la réalisation de cet objectif «appelle beaucoup de transformations de la prison». Elle supposerait «la mise en œuvre de moyens nouveaux, d'effectifs supplémentaires», de laisser «davantage d'initiatives et de responsabilités aux détenus» et d'autoriser davantage leurs regroupements.

«Globalement, moins d'une personne sur cinq bénéficie d'un emploi en maison d'arrêt» (qui reçoivent les prévenus et courtes peines), écrit le rapport. «L'importante demande ne peut être satisfaite» et la crise aurait entraîné une baisse d'activité évaluée à environ un tiers. Et dans la plupart des établissements, les détenus qui travaillent ou suivent un stage de formation professionnelle ne peuvent, du fait d'horaires incompatibles, faire du sport ou pratiquer d'autres activités, ou même aller à la bibliothèque.

Lutter contre l’oisiveté pour prévenir le suicide

La proportion de personnes inscrites dans un dispositif d'enseignement est en revanche importante. Il porte essentiellement sur des savoirs de base (lire, écrire, compter). Quelques détenus seulement suivant des études secondaires ou supérieures, relève le rapport.

Après le suicide de Jean-Pierre Treiber dans sa cellule, le 20 février, le secrétaire d'Etat à la Justice Jean-Marie Bockel avait souligné l'importance de «lutter contre l'oisiveté» pour prévenir le suicide en prison, reconnaissant qu'il y avait des «progrès» à faire dans ce domaine.