Les syndicats sceptiques face à la «mobilisation générale» de Luc Chatel

EDUCATION Le problème a enfin été reconnu, mais les moyens proposés par le ministre de l'Education ne convainquent pas...

Corentin Chauvel, avec V.V.

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C.PLATIAU / REUTERS

«L'intention n'est pas mauvaise, mais ses réponses ne nous conviennent pas». C'est la tendance générale des réactions des syndicats de l'Education, à l'annonce des propositions de Luc Chatel pour remplacer rapidement les enseignants absents dans le premier et le second degré.

Une annonce paradoxale

Le paradoxe le plus fréquemment soulevé par les syndicats est la demande de constitution d'un vivier supplémentaire par le ministre de l'Education nationale alors que les suppressions de postes sont toujours d'actualité. «Les moyens en remplacement sont insuffisants, c’est vrai, mais le ministre feint d’oublier qu’à la rentrée scolaire il a supprimé 3.000 postes de remplacement», affirme le Snes-FSU dans un communiqué.

«Le ministre préfère jouer la carte de la précarité en se refusant d’embaucher des profs», affirme de son côté la Fidl, un syndicat lycéen. «Quand on remplace, on enseigne», rappelle pour sa part Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, joint par 20minutes.fr. Il ne s'agit donc pas de simplement «placer des rustines» avec des étudiants non formés par exemple.

«C’est comme envoyer un pompier au feu sans lance à incendie»

«Remplacer, c'est parfois même plus difficile que d'avoir sa propre classe, que ce soit sur le plan humain et le plan des programmes», ajoute Christian Chevalier. L'appel à des étudiants est ainsi rejeté unanimement par les enseignants et les parents d'élèves. «C’est comme envoyer un pompier au feu sans lance à incendie», estime Jean-Jacques Hazan, président de la Fcpe, contacté par 20minutes.fr.

Faire appel à des retraités de l'Education nationale est déjà mieux perçu, mais Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp, pense que cette initiative est vouée à l'échec. «Cette expérience a déjà eu lieu dans plusieurs départements, très peu de candidats ont répondu à l'appel», indique-t-il à 20minutes.fr. «Tous les essais ont fait un flop et il faut savoir de quels retraités on parle, certains n'ont peut-être plus la capacité physique pour retourner en classe», renchérit Christian Chevalier.

«On a supprimé des milliers de postes et là on va en chercher d'autres»

Quid du «monsieur remplacement» que Luc Chatel veut imposer dans chaque rectorat? «Cela a du sens, mais cela existe plus ou moins déjà et cela ne règlera pas le problème des remplacements», indique Christian Chevalier. «On a supprimé des milliers de postes, année après année. Et là, on va en chercher d’autres», ironise pour sa part Jean-Jacques Hazan.

Enfin, l'affranchissement des frontières académiques laisse craindre des dérives aux syndicats. «On va se retrouver avec des remplaçants titulaires sans frontières qui vont passer plus de temps dans leur voiture qu'en classe», déplore Christian Chevalier, estimant que le fameux exemple de Luc Chatel sur Avignon et Villeneuve-lès-Avignon, deux villes très proches mais situées dans deux académies différentes, est beaucoup trop facile.