Un simple coup de fil pour éviter les coups

Vincent Vantighem

— 

Les choses les plus logiques sont parfois les plus efficaces. Pour limiter les violences conjugales, Michèle Alliot-Marie voulait agir avant que les coups ne pleuvent. L'expérimentation menée en Seine-Saint-Denis depuis janvier donne raison à la garde des Sceaux.

Dans ce département, cinq femmes menacées dans le passé par leurs conjoints violents ont été équipées de téléphones portables d'urgence. A la moindre alerte, il leur suffit d'appuyer sur un bouton pour que la police arrive. « Depuis, il n'y a eu aucun cas d'extrême urgence », nous a confié, hier, le parquet de Bobigny qui chapeaute le dispositif.

Bien sûr, ce bilan n'est pas définitif : l'expérimentation va durer jusqu'à l'été et quinze autres femmes doivent recevoir un portable d'urgence. « On distribue les appareils avec parcimonie, explique le parquet de Bobigny. Toutes les situations n'exigent pas ce type de dispositif. On surveille tous les dépôts de plainte et surtout les dates de sortie de prison des conjoints qui ont déjà été violents. »

En deux mois et demi, les policiers ne sont intervenus qu'une seule fois depuis janvier. Pour rien... Après avoir entendu des bruits à la fenêtre, une des femmes a appuyé sur le bouton d'urgence de son téléphone, persuadée que son mari violent était de retour. « A leur arrivée, les policiers n'ont trouvé que des gamins qui s'amusaient et jetaient des cailloux contre la fenêtre... », raconte le parquet de Bobigny. Et le téléphone n'est pas qu'une sonnette d'alarme. « C'est surtout un symbole pour ces femmes, explique Ernestine Ronai, présidente de l'Observatoire régional des violences envers les femmes. Pour la première fois, elles ont l'impression qu'on les croit, qu'on les prend au sérieux. Elles ont le sentiment de ne pas avoir déposé plainte pour rien. » W