Sortie d'usine peu productive pour Sarkozy

Vincent Vantighem et Laurent Berneron, à Marignane

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Nicolas Sarkozy et Louis Gallois, le président exécutif d'EADS, hier à Marignane.
Nicolas Sarkozy et Louis Gallois, le président exécutif d'EADS, hier à Marignane. — C. PARIS / AFP

Des salariés alignés dans le calme. Et des hélicoptères rutilants. Nicolas Sarkozy n'a pas choisi, hier, l'usine Eurocopter de Marignane (Bouches-du-Rhône) par hasard. « Vous démontrez qu'on peut être compétitifs et produire en France », a-t-il lancé aux ouvriers qui se pressaient sur son passage. A dix jours du premier tour des élections régionales, le chef de l'Etat n'aurait pas pu en dire autant aux salariés de Philips à Dreux (Eure-et-Loir) à qui l'on a proposé un reclassement en Hongrie pour 450 euros mensuels. Ni à ceux de ST-­Ericsson qui occupent leur usine de Colombelles (Calvados), vouée à la fermeture en juin prochain.

C'est pourtant pour eux que le Président s'est déplacé dans les Bouches-du-Rhône. « La France doit garder ses usines, la France doit garder ses outils de production », a-t-il martelé en conclusion des états généraux de l'industrie avant de détailler tout un arsenal de mesures (lire l'encadré). Prêts bonifiés aux entreprises qui produisent propre, lobbying pour la mise en place d'une taxe carbone européenne : la plupart d'entre elles étaient, en fait, déjà connues, voire appliquées. « Le gouvernement est coincé entre sa volonté d'agir et sa volonté de réduire les déficits publics, observe Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Du coup, le Président est essentiellement resté dans la déclaration d'intention... »

Difficile en effet de penser que la création d'une semaine annuelle de l'industrie ou l'installation d'un médiateur de la sous-traitance suffiront à sauver un secteur qui a perdu deux millions d'ouvriers depuis 1980 et 428 usines rien que l'an dernier. « J'approuve la préoccupation exprimée par Nicolas Sarkozy. Mais il manque un vrai plan cohérent », n'a pas hésité à critiquer François Bayrou, le président du MoDem, dans l'après-midi.

Car les objectifs fixés par le gouvernement sont ambitieux. Il s'agit d'augmenter de 25 % en volume la production industrielle d'ici à 2015, de revenir à une balance commerciale excédentaire sur la même période et de pérenniser l'emploi sur le long terme. « Les déclarations grandiloquentes et les coups de menton ne remplaceront jamais une politique industrielle », a, de son côté, réagi Martine Aubry, première secrétaire du PS. D'autant que, rappelle Mathieu Plane : « La crise n'est pas terminée. C'est bien de penser à 2015, mais c'est aux usines qui vont mettre la clé sous la porte dans les prochains mois qu'il faudrait d'abord penser... » W