Tempête Xynthia: Les constructions en zones inondables remises en question

DECRYPTAGE Les soupçons sur une urbanisation à outrance, sans prise en compte des risques, ont immédiatement été émis devant l'ampleur des dégâts...

C.C. avec agence

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Photo aérienne de la ville de Faute-sur-Mer le 1er mars 2010 où les maisons qui sont juste derrière la digue ont été inondées après la tempête Xynthia.
Photo aérienne de la ville de Faute-sur-Mer le 1er mars 2010 où les maisons qui sont juste derrière la digue ont été inondées après la tempête Xynthia. — R. DUVIGNAU/REUTERS
Les communes les plus touchées par les inondations étaient-elles en danger?
Oui. Les communes de La-Faute-sur-Mer et l'Aiguillon-sur-Mer, qui ont enregistré le plus de victimes (27), sont situées dans une zone côtière à risques. Une étude présentée en octobre 2008 par la Direction départementale de l'équipement (DDE) de Vendée affirmait que la commune de la Faute-sur-Mer avait été construite «sur de vastes espaces gagnés sur la mer, ne tenant pas compte de la mémoire du risque».

Cette étude avertissait que «la conjonction de deux phénomènes, de crue dans l'estuaire du Lay et de submersion marine, pourrait avoir un impact très important sur les zones densifiées à l'arrière d'un réseau de digues vieillissant».

 

De manière générale, le risque d'inondation est-il élevé en France?
Oui, c'est le premier risque naturel en France. En 2008, il concernait  plus de 16.000 communes, soit 5,1 millions d'habitants, selon le ministère de l'Ecologie et du Développement durable.

 

Est-il possible de construire sur des zones inondables?
Oui. La France dispose de plus de 27.000 km2 de zones inondables, classifiées selon deux codes: les zones bleues et les zones rouges. Il est interdit de construire dans les zones rouges.

Dans les zones bleues, l'autorisation de bâtir est donnée par les communes, sous conditions fixées par les plans de prévention des risques naturels (PPRN). Créés en 1995, ils ne visent à interdire les constructions que dans les secteurs les plus dangereux, très minoritaires dans les quelque 7.500 communes (sur un total de 36.000) qui ont de tels dispositifs.

 

Les maires subissent-ils des pressions?
C'est ce qu'évoquait lundi Chantal Jouanno, insinuant que les mairies cédaient ainsi souvent devant la volonté des promoteurs de construire en bord de mer ou de rivières. «On subit des pressions, c'est clair. C'est un combat perpétuel. On est constamment accusés de vouloir empêcher les constructions», a indiqué la secrétaire d'Etat à l'Ecologie.

C'est ainsi que depuis 1999, 100.000 logements ont été édifiés sur les zones inondables de 424 grandes communes, dont 8.000 dans les Alpes-Maritimes, le Var et le Val-de-Marne, et ce malgré les risques encourus.

 

Que peut-on faire pour les constructions situées sur des zones qui n'étaient pas à risques à l'origine?
Rien. Les plans de prévention ne prévoient pas la démolition des constructions datant d'avant 1995, même les plus exposées.

 

Quelles solutions vont être apportées?
Nicolas Sarkozy a appelé lundi à «faire de toute urgence la lumière sur ce drame inacceptable et incompréhensible» et promis d'engager la réflexion «sur le plan de l'urbanisme pour qu'une catastrophe de cette nature ne se reproduise plus». «On ne peut pas transiger avec la sécurité.»

Une mission d'inspection commune a ainsi été confiée par le chef de l'Etat au ministère de l'Intérieur et à celui de l'Ecologie. Un rapport est attendu dans les dix jours «pour comprendre ce qu'il s'est passé».

 

Nicolas Sarkozy fait-il volte-face sur cette question?
Oui, selon la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot qui a accusé ce mardi sur France Info le chef de l'Etat d'avoir lui-même «mis en cause la loi littoral» de 1986 pendant la campagne présidentielle de 2007. Dans un numéro spécial de l'hebdomadaire «Le marin» paru le 13 avril 2007, le candidat Sarkozy avait déclaré qu'il fallait «à la fois renforcer (la loi littoral) pour mieux lutter contre les cas de détournement qui ont été constatés, et l'assouplir pour ne pas entraver le développement normal des communes».

Plus récemment, en avril dernier, dans son discours sur le Grand Paris, le chef de l'Etat indiquait: «Le problème c'est la réglementation. Pour libérer l'offre, il faut rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l'environnement et au risque».