Tempête Xynthia: Pouvait-on éviter les dégâts?

DECRYPTAGE La tempête qui a balayé l'ouest de la France ce week-end était prévue et les autorités étaient en alerte. 20minutes.fr tente d'analyser pourquoi elle a été aussi dramatique...

Corentin Chauvel

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S.MAHE / REUTERS

Etait-il prévu que la tempête soit aussi forte?
Oui. Météo France avait prévenu aussi bien de l'intensité que du positionnement de la tempête. «On la voyait depuis plusieurs jours», assure à 20minutes.fr François Dausse, prévisionniste à Météo France.

«Nettement moins forte que celle de 1999», cette tempête s'explique par un mouvement tourbillonnaire né de la conjonction d'un courant froid et aérien du Nord, avec des vents d'ouest rapides et très forts, et d'une masse d'air chaud venant du sud.

Météo France avait également émis une alerte concernant une «possible submersion du littoral» due à une «marée de tempête».

Pourquoi autant de dégâts?
A cause de la conjonction «exceptionnelle» des vents d'ouest très violents (jusqu'à 130 Km/h) et d'un fort coefficient de marée (104). Conséquences: des chutes d'arbre, des effondrements de toitures, des coupures d'électricité, mais surtout des inondations importantes, notamment dans les villes côtières où des digues ont cédé.

La nuit a aussi joué un rôle négatif. «Il est évident que si cela s'était produit pendant le journée, le bilan n'aurait pas été catastrophique car des personnes ont été surprises pendant leur sommeil», a déclaré ce lundi sur France Info le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux.

Est-ce que tout était prévu dans les zones sinistrées?
Oui, selon les autorités. «Pour ce qui est des secours, on avait anticipé», assure à 20minutes.fr le lieutenant colonel Patrick Vailly, porte-parole de la Sécurité civile. «Tout le personnel de secours était en alerte et renforcé en conséquence, avec du matériel et des hélicoptères»

De même, des consignes ont été données aux habitants et dans certaines zones, ils avaient été évacués au préalable. «Malgré cela, il y a aussi des personnes qui n'ont pas voulu quitter leur domicile», déplore Patrick Vailly. «Mais de manière générale, on a été surpris par l'ampleur du phénomène».

L'aménagement urbain des côtes est-il en cause dans les inondations dramatiques?
A l'Aiguillon-sur-mer et la Faute-sur-mer notamment, les digues protégeant les habitations ont cédé, provoquant une inondation dramatique. La question des constructions littorales a été immédiatement posée. D'autant que la DDE avait prévenu la Faute-sur-Mer du danger de construire sur le littoral.

«On ne peut pas construire n'importe où», a déclaré Nicolas Sarkozy qui a demandé un «plan digues» au ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, dont les conclusions sont attendues avant l'été.

Le chef de l'Etat a pris le relais du président du Conseil général de Vendée Philippe de Villiers et de Chantal Jouanno qui avaient dénoncé ce lundi matin les permis de construire donnés dans des zones côtières. «Il y a des zones où on ne peut absolument pas construire», mais «on subit des pressions, c'est clair», a indiqué la secrétaire d'Etat à l'Ecologie.

Pourquoi les zones à risques n'ont pas été évacuées?
«On ne peut pas fantasmer sur des risques et des aléas», indique à 20minutes.fr Béatrice Lagarde, sous-préfète des Sables d'Olonne (Vendée). «On ne pouvait pas choisir d'évacuer que le littoral ou d'autres zones à risques sans que tout le monde demande à être évacué, cela aurait représenté au total 400.000 personnes!»

La sous-préfète renvoie ainsi la balle aux maires des communes de son département qui avaient la possibilité de demander à la préfecture d'évacuer leur population. «Nous n'avons reçu aucune demande», précise Béatrice Lagarde. «On a fait le maximum de ce qui était en notre devoir», ajoute-t-elle.

Peut-on vraiment faire face à ce genre de phénomènes?
Non. «On ne peut rien contre la violence des éléments», indique François Dausse. Si on peut toujours réduire les phénomènes dramatiques en renforçant notamment les digues, cela n'empêchera jamais les dégâts sur les littoraux.

«A moins de construire des remparts très hauts», précise le lieutenant colonel Patrick Vailly. « Mais les digues étaient là, certaines ont cédé, d'autres ont tenu, mais même pour celles-ci, l'eau est parfois passée par-dessus».