A Lyon, les permanences pour femmes battues se tiennent en mairie

SOCIAL Ce dispositif permet aux victimes davantage d’anonymat dans leurs démarches...

C.B.

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Dans un centre d'accueil destiné aux femmes victimes de violences, à Paris.
Dans un centre d'accueil destiné aux femmes victimes de violences, à Paris. — DURAND FLORENCE/SIPA

L'Assemblée nationale examine ce jeudi une proposition de loi qui vise à mieux lutter contre les violences faites aux femmes. Les mesures discutées font l’objet d’un consensus entre les députés de gauche et de droite: le placement sous bracelet électronique de conjoints violents, la répression de la violence psychologique en tant que délit et la création d’une ordonnance de protection pour encadrer les femmes battues le temps de réfléchir sur leur action à mener.
 
En France, seulement 8% des femmes victimes de violences conjugales osent porter plainte. Et beaucoup n’osent tout simplement pas en parler.
 
La peur d'être suivie
 
A Lyon, l’association Femmes informations liaisons (Fil), soutenue par la ville, propose des permanences de deux heures et demie par semaine dans quatre mairies d’arrondissement. «C’est un lieu ouvert et qui garantit l’anonymat, car on peut s’y rendre pour des démarches administratives, souligne Véronique Laboureau, directrice de Fil. Beaucoup de femmes n’osent pas se rendre dans des associations estampillées violences conjugales car elles ont peur d’être vues ou suivies.»

La dernière permanence a été ouverte fin septembre 2009, en centre-ville, près de la Part-Dieu. Si aucun chiffre n’a encore été divulgué pour ce dernier point d’accueil, sa fréquentation «est extrêmement élevée», indique la directrice. «Au moins trois femmes se présentent par matinée, ce qui est malheureusement beaucoup. Et cela n’a pas fait baisser la fréquentation des autres sites. Nous avons l’impression que c’est un puits sans fond», précise-t-elle.

Plus de 550 femmes reçues par an 

En 2008, 561 femmes ont été reçues lors de ces permanences, dont 43% étaient âgées de 25 à 44 ans. «Mais ce n’est pas en une seule visite que les femmes vont se décider à agir ou non, il faut du temps pour une prise de décision», souligne Véronique Laboureau.

Généralement, les femmes arrivent «effondrées, démontées». Il y a celles qui franchissent le pas car «il y a eu un clash plus important qu’un autre», et d’autres qui ne supportent plus les violences à répétition. «Il y a beaucoup d’ambiguïté dans leurs propos, car elles affirment que la violence est insupportable, mais en même temps elle se disent coupables.» Les permanences visent à démêler tous ces sentiments, puis à apporter un soutien dans les démarches juridiques et proposer une orientation vers d’autres services pour l’hébergement notamment.

Un manque de mises à l'abri

 
L’association Fil encourage la médiatisation de clips de sensibilisation et se félicite de la loi qui doit être votée à l’Assemblée, mais se défend de pouvoir «garantir l’entière protection des femmes, une fois prises en charge». «Ce n’est pas si simple que ça, regrette la directrice, car nous manquons de mises à l’abri pour les femmes par exemple.»
 
Les financements pour de telles associations ne sont pas forcément à la hausse, selon le Fil, même s’il y a une plus grande volonté de protéger ces femmes victimes de violences conjugales.