Transsexualisme: le rapport qui ne passe pas

SOCIETE La Haute autorité de santé a rendu sa copie sur l'évolution des prises en charge médicales, très attendue, qui déçoit les associations...

Julien Ménielle

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Manifestation de transsexuels à Paris en octobre 2003.
Manifestation de transsexuels à Paris en octobre 2003. — F. GUILLOT / AFP

«Concrètement, rien ne va changer.» Joachim, de l'association OUTrans, est amer. Selon lui, le rapport de la Haute autorité de santé (HAS) sur la situation actuelle et les perspectives d’évolution de la prise en charge médicale du transsexualisme en France ne répond pas aux espoirs qu'il avait fait naître.

 

«2 ou 3 symboles et des déclarations de bonnes intentions»

 

En cause: la psychiatrisation du parcours du combattant imposé aux candidats, alors même qu'on annonçait récemment que le France était le premier pays à sortir la transsexualité de la liste des maladies mentales. «Mais cela ne concerne que la sécu», s'emporte Joachim, expliquant que le ministère de la santé n'a fait que procéder à un changement de liste de prise en charge.

 

«Il y a quand même deux ou trois trucs qui vont dans le bon sens», tempère Lalla, «personne trans' et ancienne militante». Mais cette «figure» craint qu'il ne s'agisse de «2 ou 3 symboles et des déclarations de bonnes intentions sans lendemain». Car si la volonté de réduire les délais entre la chirurgie et le changement d'état-civil répond à une réelle demande des associations, l'«expérience de vie réelle» ne passe pas.

 

«Une expérience humiliante»

 

En clair, le texte propose que, après 6 à 9 mois d'évaluation psychiatrique, un candidat au changement de sexe passe un an dans la peau du sexe opposé, sans modification chirurgicale. «Une expérience humiliante», dénonce Lalla. D'autant que certains traitements hormonaux importants «provoquent des dépressions». «Lâchés dans la nature sans soins, on est exposé aux violences, et certains se suicident», raconte même Jihan Serjani, de l'association IdentiT.

 

Et si Jihan se réjouit malgré tout que ce rapport «mette fin au silence sur la question», il reste perplexe. Perplexe quant à la «rigidité du système proposé». Comme Joachim et Lalla, il refuse de se laisser imposer des médecins «auto-proclamés spécialistes» et réclame le droit de choisir son médecin.

 

Le droit à disposer de son corps

 

Le choix, au centre de toutes les amertumes. «Il est temps de comprendre que la question trans' doit être traitée comme la contraception ou l'avortement: un droit à disposer de son corps», affirme Lalla. Son espoir, comme celui de Jihan et Joachim, s'appelle Roselyne Bachelot.

 

Car le rapport de la HAS n'est que consultatif, et tous notent que la ministre a montré une réelle bonne volonté de changer les choses. Unanimement, ils espèrent donc que la ministre jouera la carte de la concertation avant de trancher.

 

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