La compagnie de securisation en patrouille à Paris, le 18 décembre 2009
La compagnie de securisation en patrouille à Paris, le 18 décembre 2009 — CHAMUSSY/SIPA

SOCIETE

Couvre-feu pour les mineurs: quelle utilité?

Alors que la loi Loppsi 2, qui prévoit notamment un couvre feu pour les mineurs, est discutée à l'Assemblée nationale, 20minutes.fr fait le point sur plusieurs villes qui appliquent déjà cette mesure...

Lorsque les beaux jours arrivent, les bambins de Cagnes-sur-mer et d'Orléans ont intérêt à ne pas veiller trop tard dehors. Ces deux municipalités ont mis en place depuis respectivement 2000 et 2002 un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans non accompagnés, de 23h à 6h du matin, dans des quartiers dits «sensibles». Une mesure mise en place depuis décembre à Nice.

A Orléans, l'arrêté municipal fonctionne ainsi du 1er juillet au 31 octobre et c'est «efficace», assure la mairie à 20minutes.fr. Même satisfaction à Cagnes-sur-mer où il débute lui dès le 1er avril. Dans les deux villes, la délinquance est en baisse, même si les mairies reconnaissent qu’il n’y a pas d’incidence directe. Une vingtaine de mineurs de moins de 13 ans ont été ramenés chez leurs parents par les policiers d'Orléans depuis 2002. Un seul en deux ans à Cagnes-sur-mer où l'on vante à 20minutes.fr l'efficacité complémentaire des 44 caméras de vidéosurveillance.

«Responsabiliser les parents»


Le discours est malgré tout différent dans les deux villes concernant les objectifs d'un tel arrêté. A Orléans, on entend «responsabiliser les parents» alors que dans la cité balnéaire, toute proche de Nice, on aspire à «la protection des mineurs qui peuvent se trouver en danger».

Pas de sanction immédiate, mais en cas de récidive, à Cagnes-sur-Mer, on envisage de convoquer les parents à la mairie et on évoque du bout des lèvres la suspension des allocations familiales contenue dans un amendement de la loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2), débattue à partir de ce mardi.

«On stigmatise certaines populations»


A Nice, cette sanction est prévue. Une mesure qui n'est pas vue d'un bon oeil par les associations de quartiers, dont SOS Racisme. Contacté par 20minutes.fr, Mamadou Thioye, responsable du comité local, a la conviction que l'«on stigmatise encore un peu plus certaines populations»: «On est dans le répressif alors que nous demandons de la prévention en milieu scolaire et l'organisation d'activités pour les jeunes».

Le Parti socialiste local a également attaqué Christian Estrosi, le maire UMP de Nice, sur ce sujet, évoquant «un coup de com' à trois mois des régionales sur le dos des enfants». La CGT parle, elle, d'«une utilisation démagogique de la peur». Avec la future loi Loppsi 2, une seule rengaine risque ainsi de se propager à tout le pays: «Laisse pas traîner ton fils».