Identité nationale: Pourquoi le grand raout se termine par un petit séminaire en catimini?

DECRYPTAGE Alors qu'un colloque était initialement prévu, le débat mené par le ministre de l'Immigration fait finalement étape à Matignon...

Corentin Chauvel

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Eric Besson (au centre), le 9 décembre à Paris, lors d'un débat sur l'identité nationale.
Eric Besson (au centre), le 9 décembre à Paris, lors d'un débat sur l'identité nationale. — L. BONAVENTURE / AFP

«Un séminaire gouvernemental, c'est un honneur». Eric Besson n'est pas rancunier. A l'origine, un grand colloque présidé par Nicolas Sarkozy devait être organisé la semaine dernière pour établir une synthèse finale du débat sur l'identité nationale.

Finalement, ce n'est qu'un simple rapport d'étape qui a lieu ce lundi autour d'un débat controversé et source de dérapages. Un désaveu pour Eric Besson? Pas pour le cabinet du ministre de l'Immigration qui précise à 20minutes.fr que ce colloque n'était qu'une vague idée lancée il y a plusieurs mois et que rien de précis n'avait jamais été envisagé.

Le débat n'est pas clos


Pourtant, le «calendrier du débat» inscrit sur le site dédié à ce projet est clair: «Ce grand débat (...) se clôturera le 4 février 2010 par un colloque sur l’identité nationale, au cours duquel le Ministre présentera la synthèse des travaux.»

Alors le ministère indique que devant l'ampleur du mouvement (350 réunions publiques, 55.000 contributions sur le site, etc), le débat n'est pas clos. Et le cabinet d'Eric Besson de faire le plein d'éloge sur la transformation du colloque en séminaire gouvernemental dans lequel les ministres, Eric Besson en tête, sont invités à discuter de leurs propositions afin de «pérenniser le débat sur l'identité nationale».

«Une nouvelle manière de faire diversion»

«Il y en a eu que trois ou quatre depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir», précise le ministère de l'Immigration. Un «grand honneur» donc. Pourtant, les précédents ont eu essentiellement  pour objet des questions économiques: projet de loi de finances 2008 (août 2007), rapport Attali (février 2008), mise en oeuvre du Plan de relance (décembre 2008)...

Mais pour Benoît Hamon, le porte-parole du PS, ce séminaire est plutôt «une nouvelle manière de faire diversion» et permet de «ne pas parler des vrais problèmes des Français et du plan d'austérité qui s'annonce après les régionales».

«Une sortie honorable pour un gros échec politique»

Contactée par 20minutes.fr, Sophie Duchesne, chargée de recherche au Cevipof, va dans le même sens: «Ce séminaire n'est qu'une sortie honorable pour un gros échec politique». «Absurde depuis le début», le débat sur l'identité nationale n'a pas fonctionné comme le gouvernement le voulait, selon Sophie Duchesne.

Il avait pour but d'«attirer l'attention des électeurs» avant les régionales, mais il n'a fait que profiter au Front national. Transformer un colloque public en séminaire privé est une «bonne stratégie» d'après la politologue: «Avec des propositions plus intéressantes que prévues au départ, le gouvernement va encore une fois générer des projets de loi symboliques mais décalés par rapport à la réalité». «L'identité nationale, ça ne se décrète pas», conclut Sophie Duchesne.