« Tout est fait pour éviter le grand déballage au procès »

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Les enquêtes sur les catastrophes aériennes se déroulent-elles en toute indépendance ?

Pas du tout. Lors d'un crash, deux enquêtes sont ouvertes. L'une par la Gendarmerie des transports aériens (GTA) pour établir les responsabilités. L'autre par le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) pour en connaître les causes et en tirer les conséquences. Mais dans un cas comme dans l'autre, les experts sont toujours des professionnels des compagnies aériennes. Au BEA, on trouve même beaucoup d'anciens d'Air France. Et ils sont rarement critiques envers leur ancien employeur.

D'autant que le BEA dépend du ministère des Transports...

Oui, le Bureau est placé sous la tutelle directe du ministre dont l'une des missions est clairement de protéger les intérêts industriels de la France. Il y a donc une vraie consanguinité avec Air France.

Rien n'a changé depuis le crash sur Gonesse ?

Cela n'a pas bougé d'un pouce. On le voit avec l'indemnisation des familles des victimes. Les compagnies savent qu'elles devront payer quoi qu'il arrive. Elles le font donc très rapidement pour éviter de subir la pression des familles. Du coup, tout est fait pour éviter le grand déballage au procès.

Que faudrait-il changer dans le système ?

Le BEA devrait être plus indépendant. Comme aux Etats-Unis, il devrait pouvoir réclamer des comptes aux compagnies au moindre incident sur l'un de leurs appareils. Aujourd'hui en France, ce n'est pas le cas. Pourtant, les crashs aériens ne concernent pas que les pays du tiers-monde. W

Recueilli par V. V.