Les familles des victimes, grandes absentes du procès

JUSTICE Les audiences sur le crash du Concorde devraient durer quatre mois...

V. V.

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La ville de Gonesse souhaiterait qu'Air France rachète le terrain pour le lui céder
un euro symbolique. Elle pourrait ainsi en faire « un lieu de mémoire ».
La ville de Gonesse souhaiterait qu'Air France rachète le terrain pour le lui céder un euro symbolique. Elle pourrait ainsi en faire « un lieu de mémoire ». —

Le tribunal de Pontoise a ajouté 80 places dans la salle d'audience. Pour les besoins des journalistes et des avocats. Pas pour les parties civiles. En grande majorité allemandes, les familles des 100 passagers du Concorde ne devraient pas être nombreuses à prendre place sur le banc des plaignants ce mardi après-midi. Dix mois après le crash, elles ont toutes été indemnisées. «Dans la transaction, il y avait une sorte de quittance, explique Fernand Garnault, l'avocat d'Air France. Le chèque faisait office de solde de tout compte.» La plupart des familles des victimes ont donc renoncé à engager des poursuites. A parler à la presse aussi. «Elles veulent tourner la page», poursuit l'avocat.

Une note estimée à 115 millions d'euros

Tenu secret depuis le crash, le montant de cette indemnisation approcherait le million d'euros par famille. Selon un barème bien défini: parents, enfants, frères ou soeurs de chaque victime a reçu une part. Le Concorde, affrété à Paris, devait atterrir à New York. La transaction liée au crash aurait pu être établie selon les règles françaises, allemandes ou américaines. «En Allemagne, rien n'est prévu pour les victimes de crash. Aux Etats-Unis, les indemnisations sont énormes, rappelle Fernand Garnault. Au final, on est arrivé à une somme entre les deux.»

L'addition a été réglée par les assureurs d'Air France, du constructeur du Concorde, du fabricant de pneus Goodyear et de Continental Airlines. En somme, ceux qui auraient pu avoir quelque chose à se reprocher.

Roland Rappaport n'est pas surpris. Avocat des proches du pilote du Concorde, il est fier que ses clients n'aient pas renoncé à se constituer partie civile. «On a tout fait pour éviter la pression des familles. Mais moi, j'attends toujours de comprendre pourquoi l'avion s'est crashé. Et dans quel état il était au décollage», interroge-t-il.

En tout, 24 personnes se sont constituées partie civile. Les familles des membres d'équipage, des femmes de ménage et des stagiaires qui travaillaient dans l'Hotelissimo. Et même une jeune femme qui a assisté au crash et est « traumatisée » depuis. Les responsables d'Air France ont passé le cap de l'émotion, mais ils seront aussi sur le banc des parties civiles. «La compagnie est en droit de réclamer réparation, estime son avocat. A cause du crash, elle a subi un préjudice d'image mais aussi un préjudice financier.» Le silence n'est pas d'or pour tout le monde.