Deux pistes pour expliquer un crash

JUSTICE Le procès de l’accident du Concorde, qui avait fait 113 morts le 25 juillet 2000 et conduit à l'arrêt de l’exploitation du supersonique, s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Pontoise...

Vincent Vantighem

— 

Le procès devra déterminer qui sont les principaux responsables de la catastrophe: la Continental Airlines dont une pièce en titane d'un avion a provoqué l'accident ou les anciens responsables d'Aérospatiale et de la DGAC qui n'ont pas assez pris en compte les nombreux incidents ayant émaillé l'histoire de l'avion.
Le procès devra déterminer qui sont les principaux responsables de la catastrophe: la Continental Airlines dont une pièce en titane d'un avion a provoqué l'accident ou les anciens responsables d'Aérospatiale et de la DGAC qui n'ont pas assez pris en compte les nombreux incidents ayant émaillé l'histoire de l'avion. — Jack Guez AFP

Derrière la fin du mythe Concorde, il y a surtout la mort de 113 personnes. Et pas sûr que quatre mois d'audience suffisent à fournir une explication. Le procès du crash du supersonique, survenu le 25 juillet 2000 sur un hôtel de Gonesse, va s'ouvrir cet après-midi au tribunal de Pontoise (Val-d'Oise) dans une drôle d'ambiance. Les familles des passagers morts seront quasiment toutes absentes. Comme si ce procès ne pouvait être qu'une bataille d'experts autour du rôle joué par une lamelle en titane de 43,5 cm.

Dix ans après le drame, c'est cette lamelle qui a été désignée par l'instruction comme le principal coupable. Perdu sur la piste 26-R de Roissy par un DC 10 de Continental Airlines, l'objet aurait fait éclaté un pneu du supersonique lors de son décollage. La suite est connue: les débris du pneu percent le réservoir, le carburant s'échappe puis s'enflamme. L'avion - devenu incontrôlable - s'écrase alors sur l'Hotelissimo de Gonesse, causant la mort de 100 passagers, neuf membres d'équipage et quatre personnes au sol. Pour l'instruction, derrière la fatalité d'une telle réaction en chaîne se cachent des responsables.

La nullité de la procédure en débat

Cinq personnes ont été renvoyées sur le banc des prévenus. Elles risquent toutes cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende pour «homicide involontaire». Il y a là deux ex-ingénieurs d'Aérospatiale (devenue EADS) et un ancien de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), à qui l'on reproche de ne pas avoir renforcé les réservoirs du Concorde après une série d'incidents constatés depuis 1979. Il y a aussi un chaudronnier et un chef d'équipe de chez Continental Airlines qui ont installé la fameuse lamelle en titane plutôt qu'en aluminium.

En tant que personne morale, la compagnie américaine est aussi renvoyée devant le tribunal. C'est d'ailleurs Olivier Metzner, son avocat, qui s'exprimera dans les premiers ce mardi après-midi. Tout simplement pour réclamer la nullité de cette procédure. «Plusieurs témoins, dont des pompiers et des pilotes, déclarent que l'incendie du Concorde a débuté entre 700 et 800 m avant de passer sur la lamelle. L'instruction n'en tient pas compte», assure-t-il.

Cette thèse prétend que le pneu aurait en fait éclaté en raison du mauvais état de la piste et surtout de l'absence d'une pièce sur le Concorde. «La compagnie Air France est sur le banc des parties civiles. Elle devrait être sur celui des prévenus», s'insurge Olivier Metzner. «On verra bien ce que le tribunal dira, défend Fernand Garnault, l'avocat d'Air France. Mais cette thèse, c'est de la science-fiction!»