Coupe de France

Ils vivent à cinq dans dix mètres carrés

SOCIAL- La Fondation Abbé-Pierre publie, ce matin, son quinzième rapport sur l'état du mal-logement...

A première vue, c’est une famille comme les autres. Sauf que Zohra, Hakim Ziane et leurs trois enfants habitent à cinq dans 10 m2 pour 480 € par mois. Installée depuis quatre ans dans le 10e arrondissement de Paris, cette famille illustre, bien malgré elle, le 15e rapport sur l’état du mal-logement que publiece lundi la Fondation Abbé-Pierre. «Cette année, nous avons fait un focus sur les enfants, décrypte Christophe Robert, l’un des auteurs. Ce sont les victimes collatérales du mallogement.»

Dans la famille Ziane, les victimes se nomment Belkise (4 ans), Zakaria (8 ans) et Narimène (12 ans). Dans l’unique pièce, ce sont leurs matelas qui, pliés, servent de fauteuils le jour. La table basse, elle, est utilisée pour faire les devoirs, manger ou même jouer. Un grand écran plat trône contre un mur. Le mercredi, les enfants regardent des dessins animés, faute de pouvoir inviter leurs amis. «J’ai honte d’habiter là, lâche Zakaria. Il n’y a que Moussa qui vient ici. Il habite plus bas dans l’immeuble.»

«Habiter ailleurs, même sans papa»

Ce problème, la Fondation Abbé-Pierre l’a également relevé dans son rapport. «Des gamins qui ne peuvent jamais organiser leur anniversaire chez eux sont en difficulté sociale», confirme Christophe Robert. Avant la naissance de la petite dernière, Zohra vivait en Algérie avec ses deux enfants. «Là-bas, on avait de la place, c’était agréable», se rappelle Narimène, qui ambitionne aujourd’hui de devenir avocate pour défendre «les mal-logés». Hakim travaillait dans le secteur du bâtiment près de Douai, avant de se voir proposer un poste à Paris. C’était l’occasion pour la famille de se réunir en France.

L’appartement de l’Est parisien n’était qu’un «logement temporaire». Mais depuis, leurs recherches – avec l’association Droit au logement ou les bailleurs sociaux – n’ont pas abouti. «Avec 1.600 €, impossible de trouver dans le privé», confie Hakim avant de s’échapper de la pièce. «Il ne supporte pas de rester ici, alors il sort», se désole sa femme, qui n’envisage pas pour autant de quitter Paris. «Ce n’est pas possible, Hakim travaille ici!» Zakaria n’est pas de cet avis. A voix basse, il avoue qu’il préférerait «habiter ailleurs, même sans papa».