Eric Besson: «On ne sort pas de trente ans de tabous sans éclats»

INTERVIEW Le ministre de l'Immigration considère que le débat sur l'identité nationale a toujours un intérêt...

Propos recueuillis par Vincent Vantighem

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P.FAYOLLE / SIPA
Quelles conclusions tirez-vous de ce sondage (63% des Français jugent le débat «pas constructif» NDLR) ?
Je retiens d’abord que deux tiers des Français souhaitent le maintien du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Et qu’ils sont tout autant à estimer que l’immigration n’est pas une menace pour l’identité nationale. Il s’agit d’un soutien clair à la politique de maîtrise des flux migratoires que nous menons.
 
 
Vous pensez toujours que le modèle d’intégration français est l’un des meilleurs?
L’histoire de France est celle de l’immigration et de l’intégration. Notre modèle a des qualités et des défauts. L’école permet, par exemple, un brassage qui fonctionne mieux qu’ailleurs. En même temps, nous assistons au développement de cultures identitaires dans certains quartiers, notamment de la part de jeunes qui sont en rupture. Nous avons un bon modèle qu’il nous faut mettre à jour.
 
 
Comment expliquez-vous alors que des sujets tels que le CV anonyme ou les statistiques ethniques suscitent autant de polémiques?
Notre nation s’est construite sur le dépassement des différences d’origine et par l’adhésion à des principes : liberté, égalité, fraternité, laïcité. Mais ils sont mis à l’épreuve en permanence. Lorsque l’écart entre égalité formelle et égalité réelle se creuse, certains peuvent être tentés de refaire une place au communautarisme.
 
 
Est-ce pour cette raison qu’ils sont majoritairement critiques envers le débat sur l’identité nationale?
63 % pensent qu’il n’a pas été constructif. Je peux le comprendre quand j’observe les caricatures mensongères dont il a été la cible. On ne sort pas de trente ans de tabous sur la nation sans éclats. Ceux qui avaient des intérêts dans ce tabou, soit pour nier les problèmes – c’est le cas d’une gauche angélique –, soit pour conserver un monopole – c’est le cas d’une extrême droite xénophobe –, se sont ligués. Je reste convaincu que les républicains doivent se réapproprier ce débat.
 
Mais 53,4 % des Français pensent toujours que ce débat est une démarche électoraliste…
Il y a des élections chaque année entre 2007 et 2012! Cette critique n’est pas à la hauteur du débat. Dans les quinze jours, nous aurons un séminaire gouvernemental, à l’issue duquel le président de la République prendra la parole et annoncera des décisions et des orientations. Une chose est sûre : le débat se poursuivra.