« Un lieu où ça marche bien pour "travailler" »

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Tous les matins, Gwendoline prend le train pour aller faire la manche. Les gares, elle connaît. « L'hiver, il y fait plus chaud. Et ça marche bien pour «travailler»... » Assise sur les marches de la gare Saint-Lazare, devant le tableau des départs, la jeune fille piercée de 18 ans - dont cinq dans la rue - s'est montrée, hier soir, intéressée par le projet « Hope in stations ».

« Le plus important, c'est la santé. S'il y avait un médecin pour s'occuper de nous dans la gare, ce serait vraiment bien. » Une boîte aux lettres à son nom ? « C'est pas mal non plus. On n'a pas d'ordinateur, nous. Et on aime bien recevoir du courrier de nos amis », lâche-t-elle à moitié cachée par une mèche bleu turquoise.

De l'autre côté de la cour de Rome, Jean-Pierre, 49 ans, et Christian, 52 ans, s'abritent sous les arches qui jouxtent la Caisse d'Epargne. « Un bureau à la gare pour faire toutes les démarches, ce serait bien. Les idées sont bonnes. Mais les promesses, je n'y crois plus trop », lâche le premier tout en remuant la coupelle où il récupère la monnaie des passants.

Couverture sur les genoux et bonnet vissé sur la tête, Christian, lui, n'est pas du tout prêt à bouger. « S'ils proposent un hébergement dans la gare, je sais pas. Faut voir... » L'idée d'une boîte aux lettres à son nom lui semble également secondaire : « Je n'ai pas de proches de toute façon. »

Hassiba, non plus. Assise au pied des escaliers, c'est sa santé qui la préoccupe le plus. « Il nous faudrait des médicaments. Si on pouvait en avoir dans la gare... J'ai toujours mal à la tête. » Tremblant comme une feuille malgré sa chapka et sa polaire bleue, elle assure n'avoir pas pris de douche depuis un mois et demi. « Je me lave tous les jours comme un p'tit chat. »

Gwendoline, elle, utilise les bains-douches. « De ce côté-là, ça va. Mais si on avait quelqu'un en permanence qui nous aide dans nos démarches, ce serait génial. Pour trouver un logement ou un boulot, par exemple... » Et quand on lui demande si on peut la photographier pour le reportage, elle s'exclame : « C'est justement le métier que je voudrais faire ! » W

Virginie Ramel

et Vincent Vantighem