Robert Barbault: «La crise écologique, base de toutes les crises économiques»

INTERVIEW Le directeur du département écologie et gestion de la biodiversité du Muséum national d'histoire naturelle fait le point sur la situation...

Recueilli par M. B.

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La biodiversité revient de plus en plus dans le langage courant. Comment la définiriez-vous?
Je parlerais du «tissu vivant de la planète», car cela donne l'idée de réseau, d'interaction entre les espèces. Le tissu vivant, apparu il y a quatre milliards d'années sur Terre, est partout, dans le corps humain qui comprend 400 espèces de microbes, dans le fromage avec ses micro-organismes, dans nos vêtements, même synthétiques. Ce ne sont pas que les grands animaux.
 

On dit que cette biodiversité est aujourd'hui en danger. Mais il y a toujours eu des disparitions d'espèces. N'est-ce pas un cycle naturel de la vie?
Bien sûr, ce n'est pas la première crise que nous connaissons. Sauf qu'auparavant l'homme n'existait pas, et qu'aujourd'hui c'est lui le responsable de cette crise. Ce qui est particulièrement grave, c'est qu'il y a une accélération du rythme de disparition des espèces: avant l'espérance de vie se mesurait en millions d'années, le rythme est maintenant cent fois, voire mille fois supérieur. Il y a aussi le phénomène de la raréfaction des espèces, comme les grands poissons (thons, requins, morues...), qui survivent, mais dont la population se réduit. Les écosystèmes s'en trouvent profondément modifiés. Après, on s'étonne que les méduses pullulent...
 

La France est particulièrement concernée par la perte de biodiversité. Que constate-t-on sur notre territoire?
Le Muséum national d'histoire naturelle a mis en place une série d'indicateurs qui montrent, par exemple, que nous avons perdu 10% de nos oiseaux en vingt ans. Ce qui peut surprendre, c'est que la biodiversité se porte mieux en milieu urbain que rural: la population de pigeon ramier que l'on trouve en ville augmente, quand celle de moineaux a tendance à diminuer. C'est l'effet de l'utilisation massive de pesticides dans nos champs, et de la fragmentation du territoire. Dans nos rivières, il y a aussi une forte pression sur le saumon atlantique, l'anguille et l'esturgeon, proches de la disparition.
 

En quoi cette crise peut-elle menacer l'homme à terme?
Parce que cette crise écologique planétaire est la base de toutes les crises économiques qui vont suivre si on ne fait rien. Certains lobbys essaient de réduire l'écologie aux petits oiseaux, et de faire croire que c'est moins important que les enjeux financiers. Or on ne peut pas dissocier l'économie de l'écologie. Cette crise est potentiellement explosive. Pour y remédier, il faut repenser le système d'impôts et de taxes dans les pays occidentaux, et instaurer un système général de « pollueur- payeur».